Interview Olivier Soliveres

Tristan Baille : Bonjour Mr Solivérès.

Olivier Solivérès : Bonjour !

Tristan Baille : Vous proposez des choses très différentes, entre adaptations, créations originales et spectacles pour enfants. Comment se fait ce choix ?

Olivier Solivérès : Beaucoup de mes spectacles pour enfants, à la base, je les ai faits pour mes propres enfants. Je suis papa de quatre enfants et ils ont grandi avec mes spectacles. Par exemple, mes premiers spectacles sur le Père Noël, les chevaliers, tout ça, c’était pour mes grands garçons. Plus tard, j’ai fait « Space Wars » parce qu’ils étaient fans de Star Wars… et moi aussi. « Chevaliers », c’est venu parce que je leur lisais des livres de chevalerie le soir, dans leur lit superposé en forme de château fort. À un moment, je me suis dit : mais il n’y a pas de spectacle de chevalerie pour enfants. Alors je l’ai fait.

« Le Cercle des poètes disparus », c’était différent. C’est un film qui m’a profondément marqué. Au départ, je voulais l’adapter pour mon petit frère Thomas et son ami William, qui étaient dans mes cours de théâtre. J’avais écrit mon premier spectacle pour eux quand j’avais 15 ans. Ce qui devait être un simple spectacle de fin d’année est finalement arrivé à Avignon, puis au Point Virgule, où il a joué pendant cinq ans. Et puis un jour, en travaillant avec Thomas et William, j’ai décidé de monter « Le Cercle des poètes disparus ». Mais cela a pris onze ans pour obtenir les droits et monter le projet. Entre temps, ils étaient devenus trop âgés pour jouer les rôles. Mais ce spectacle a été un tournant majeur dans ma carrière.

Tristan Baille : Vous avez des univers très visuels et immersifs. Qu’est-ce que vous recherchez avant tout dans vos spectacles ?

Olivier Solivérès : Je n’aime pas trop le théâtre où deux personnes parlent pendant au moins 1 h 30 sans autre dimension. Je m’ennuie. J’ai grandi avec des spectacles incroyables. Mes parents m’emmenaient voir Robert Hossein. J’ai vu des spectacles à Broadway. Je me souviens encore de certains moments, des décors monumentaux, des émotions. J’adore la comédie musicale anglo saxonne. J’aime le spectacle. J’aime quand les gens en prennent plein les yeux, plein le cœur. J’aime créer des émotions, surprendre. Quand je mets en scène, je me mets toujours à la place du spectateur. Je me demande : est ce que je vais m’ennuyer ? Est ce que je vais être ému ? Est-ce que je vais être surpris ? Parfois, en répétition, j’ai des frissons. Et je me dis : ça, il faut le garder.

Tristan Baille : Justement, on ne ressent pas de différence de qualité ou d’exigence entre vos spectacles pour enfants et ceux pour adultes.

Olivier Solivérès : Parce qu’il n’y en a pas. Je fais exactement les mêmes efforts pour les enfants que pour les adultes. Je pense même que c’est pour ça que mes spectacles pour enfants ont marché. Je refuse de me moquer des enfants. Je veux leur offrir de vrais spectacles, avec de vrais moyens. Aujourd’hui, les productions ont compris que les spectacles pour enfants pouvaient durer longtemps et être rentables. Par exemple, Pinocchio a coûté près de 250 000 à 300 000 euros. On y fait voler des personnages, on crée des effets spectaculaires. Avant, les budgets étaient bien plus faibles. Aujourd’hui, ils ont été multipliés par quatre.

Tristan Baille : On ressent dans votre travail une volonté de rassembler enfants et adultes. Est ce volontaire ?

Olivier Solivérès : Oui. Très vite, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas que des enfants dans la salle. Il y avait aussi des parents. Et il ne fallait pas les oublier. J’ai commencé à écrire à double niveau : pour les enfants et pour les adultes. J’adore entendre les parents rire autant que les enfants. Et ce que je préfère, c’est voir les enfants regarder leurs parents rire. Ils sont fiers. Ils sont heureux que leurs parents s’amusent à leur spectacle. Ce partage familial, c’est ce que je préfère. C’est ça, la magie du théâtre.

Tristan Baille : Vous avez adapté le film « Amadeus ». Comment aborde t on un personnage aussi connu, entre l’homme et la légende ?

Olivier Solivérès : Je pars de la pièce originale, puis du film. Ensuite, je fais mes recherches. Je lis beaucoup sur Mozart. Par exemple, il avait un côté très enfantin, très provocateur, parfois même vulgaire. On a hésité à adoucir certains aspects. Mais en lisant ses lettres, on s’est rendu compte qu’il était vraiment comme ça. Donc on a respecté cette vérité. Ensuite, j’ajoute ma vision personnelle : ce que j’ai envie de voir en tant que spectateur.

Tristan Baille : Est ce que le théâtre n’a pas aussi pour mission de reconnecter les adultes avec leur part d’enfance ?

Olivier Solivérès : Oui, complètement. Un de mes contes préférés, c’est Peter Pan. C’est l’histoire d’un adulte qui a oublié qu’il était un enfant. Je le dis aussi à mes comédiens : n’oubliez pas le plaisir de jouer. On ne sauve pas des vies. On n’est pas chirurgiens. Mais on peut embellir la vie des gens. Le théâtre, c’est du plaisir, du partage, de l’émotion.

Tristan Baille : Vous participez aussi à créer les spectateurs de demain.

Olivier Solivérès : Oui, c’est essentiel. Si les enfants ne viennent pas au théâtre, le théâtre mourra. Mon rêve, c’est qu’un jour, un jeune adulte dise à sa copine : « Et si on allait au théâtre ? Je me souviens, quand j’étais enfant, j’avais adoré ça. » C’est ça, l’objectif. Et j’aimerais qu’un jour, on ne fasse plus de distinction entre spectacle pour enfants et spectacle pour adultes, et que l’on dise simplement : c’est un grand spectacle.

(Propos recueillis par Tristan Baille) 

J’ai assisté à de nombreux spectacles mis en scène par Olivier Soliveres. Le cercle des poètes disparus. Le bossu de notre Dame. Toujours, les pièces commencent avant même que le rideau ne se lève. 

À Marigny, « Amadeus » ne débute pas à la première réplique : il enveloppe le spectateur dès l’accueil. Dans le hall déjà, quelque chose palpite. Une atmosphère, une vibration musicale, une élégance feutrée qui prépare les sens. On n’entre pas seulement dans un théâtre, on franchit le seuil d’un monde. Lorsque la salle s’ouvre, l’immersion est totale. Les décors déploient une architecture mouvante, capable d’évoquer tour à tour la solennité d’une cour impériale, l’effervescence d’un théâtre d’opéra ou l’intimité fiévreuse d’un cabinet de composition. Rien n’est figé…tout glisse, se transforme, respire. L’espace devient un organisme vivant, au service du drame.

Les costumes participent à cette sensation d’opulence vibrante. Brocards, velours, dentelles, perruques sculptées avec raffinement : chaque silhouette semble sortie d’un tableau ancien, mais animée d’une énergie contemporaine. Les étoffes accrochent la lumière, soulignent un mouvement d’humeur, accompagnent un pas nerveux ou une révérence calculée. Il ne s’agit pas d’illustration historique, mais d’incarnation.

La lumière, justement, est l’un des grands triomphes du spectacle. Elle sculpte les visages, isole une conscience en plein doute, embrase une scène de triomphe. Tantôt dorée comme une gloire éclatante, tantôt plus froide, presque spectrale, elle traduit les mouvements intérieurs avec une précision d’orfèvre. Dans certains instants suspendus, un simple clair obscur suffit à faire naître un frisson collectif.

Et puis il y a les voix. Sublimes. Portées par des artistes lyriques d’une puissance et d’une pureté remarquables, elles ne décorent jamais l’action : elles la traversent. Elles surgissent comme une évidence dramatique. Les airs s’élèvent, emplissent la salle, semblent faire vibrer les murs eux mêmes. On ne les écoute pas seulement, on les reçoit physiquement. La musique devient chair, souffle, battement.

Au centre de cette fresque, le face à face entre Mozart et Salieri atteint une intensité rare. Le Mozart flamboyant, insolent de vitalité, irradie la scène. Face à lui, Jérôme Kircher compose un Salieri d’une profondeur saisissante. Son jeu est tout en tension contenue, en intelligence blessée. Il ne force jamais l’émotion, il la laisse affleurer, presque malgré lui. Sa voix grave, maîtrisée, devient le fil narratif du spectacle, et chaque inflexion semble porter le poids d’une admiration devenue supplice. Il donne au personnage une noblesse tragique, une humanité douloureuse qui bouleverse.

La mise en scène d’Olivier Solivérès orchestre l’ensemble avec un sens aigu du rythme et du spectacle. Les scènes s’enchaînent comme les mouvements d’une symphonie, alternant éclat et murmure, fastes collectifs et solitudes intérieures. On rit, on est saisi, on est ému, parfois dans le même instant.

Amadeus, au Théâtre Marigny, n’est pas simplement un grand spectacle, c’est une expérience sensorielle complète. Une célébration du théâtre dans ce qu’il a de plus généreux et de plus ambitieux. On en sort grisé, traversé par la musique, ébloui par la beauté visuelle, et touché au cœur par cette question éternelle : que vaut une vie passée à admirer le génie sans jamais pouvoir l’atteindre ?

(Photos « Amadeus » de David Delaplace)

Hotel Paquis / 9 Collection

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À Genève, le 9Hotel Collection Pâquis, au rythme d’un quartier qui bouge et parle plusieurs langues, Genève oblige, est un hôtel 3 étoiles proche de tout. Et surtout proche de ce que tu viens souvent chercher ici : une ville qui se marche, un lac qui apaise, et un point d’ancrage fiable quand les journées se remplissent vite.

Le restaurant Horiz

Le restaurant Horiz

Au croisement de la rue Volta et de la rue au Maire, le restaurant « Horiz » s’inscrit dans une histoire qui dépasse celle d’un simple restaurant. Avant de porter ce nom, l’adresse était déjà un lieu de cuisine familiale, tenu par les parents des deux frères Lin. En reprenant le restaurant, ils n’ont pas cherché à rompre avec le passé, mais à le faire évoluer. Le lieu a changé de visage, mais l’essentiel est resté : une cuisine enracinée dans une mémoire familiale, désormais portée par une nouvelle génération.

Yael Naim

Yael Naim

Yael Naim a toujours avancé à pas feutrés dans le paysage musical, comme si elle préférait la résonance intérieure à l’écho médiatique. Née à Paris, partagée très tôt entre plusieurs cultures et plusieurs langues, elle a construit son univers dans les interstices, là où les identités se croisent et se répondent. La musique est venue à elle comme un refuge autant que comme un langage : le piano d’abord, puis la voix, si belle dans ce qu’elle transmet.

Interview d’Izzy Escobar

Interview d’Izzy Escobar

Elle est née très tôt, presque sans que je m’en rende compte. Mon père était DJ, donc la musique faisait partie du quotidien, avec beaucoup de styles différents et une vraie culture du rythme. En parallèle, j’ai commencé le violon très jeune, ce qui m’a donné une autre approche, plus classique et plus intérieure. Aujourd’hui encore, je construis mes chansons entre ces deux pôles : le mouvement, l’énergie, et la recherche d’un équilibre entre les mots et la musique, pour que l’un ne prenne jamais le dessus sur l’autre.

Les chaussettes Bleu Forêt

Les chaussettes Bleu Forêt

Les chaussettes occupent une place discrète dans la garde robe, souvent perçues comme un simple accessoire utilitaire. Pourtant, certaines marques démontrent qu’elles peuvent devenir un véritable élément de confort et d’élégance au quotidien. C’est le cas de « Bleuforêt », une maison française qui a fait de la chaussette un produit pensé avec la même exigence que les pièces les plus visibles d’un vestiaire soigné.

Uni Restaurant

Uni Restaurant

Situé rue de la Trémoille, au cœur du Triangle d’Or, UNI Paris propose une approche singulière de la gastronomie japonaise, où l’excellence des produits rencontre une vision contemporaine et raffinée de l’expérience culinaire. L’adresse cultive une élégance discrète, loin des effets de mode, et s’adresse à une clientèle en quête de précision, de calme et d’émotion gustative.

La maison Lindt & Sprüngli 

La maison Lindt & Sprüngli 

La maison Lindt & Sprüngli naît au XIXᵉ siècle dans un contexte où le chocolat reste encore un produit rare et peu raffiné. À Zurich, David Sprüngli et son fils Rudolf commencent par transformer le cacao dans leur confiserie, avec l’ambition de proposer un chocolat de meilleure qualité que celui disponible à l’époque. Leur activité prend rapidement de l’ampleur et pose les bases d’une véritable entreprise chocolatière. Quelques décennies plus tard, une avancée décisive vient bouleverser l’histoire de la marque : en 1899, la famille Sprüngli acquiert l’atelier du chocolatier Rodolphe Lindt, installé à Berne. Cette union marque un tournant, en associant une entreprise en plein essor à une innovation technique majeure. À partir de là, Lindt & Sprüngli se développe progressivement en Suisse puis à l’international, en construisant sa réputation sur la qualité, la finesse et la constance de ses chocolats, jusqu’à devenir une référence mondiale du segment premium.