Walt, la folie Disney, au Lucernaire

Walt, la folie Disney, au Lucernaire, là où l’imaginaire se cabre, vacille et résonne.

Il existe, au Lucernaire, une salle où l’air semble clignoter entre deux mondes. Un espace indécis, qui pourrait être un bureau abandonné, un atelier de fortune, ou le prolongement fiévreux d’un rêve que l’on refuse d’abandonner. C’est là que Walt apparaît.

Pas le souverain immaculé des parcs enchantés, mais un homme. Un homme qui tremble, qui espère, qui rature. Un homme dévoré par l’idée de créer quelque chose de trop vaste pour lui, et trop vaste même pour son époque. 

La pièce Walt, la folie Disney n’explique pas une vie, elle entrouvre une brèche. Elle ne raconte pas : elle laisse approcher. Elle invite à observer de près ce qu’il en coûte de rêver à pleine puissance, quand l’imagination déborde et que le réel peine à suivre.

Le créateur est un écorché vif. Seul sur scène mais entouré d’ombres, Clément Vieu devient Walt comme un funambule avance sur son fil : un pas après l’autre, les muscles tendus au bord de la rupture. La table qu’il touche se transforme en promontoire, en radeau fragile, en cage mentale. Chaque feuillet semble brûler à l’intérieur de ses mains. Ce Walt là n’est pas une statue. C’est un homme solaire le matin, incandescent le soir, volcanique la nuit, incapable de cesser d’inventer. Tout est urgence, tout est vertige, tout se consume. L’imaginaire n’est pas un compagnon : c’est une force qui le dévore, un appel irrésistible.

C’est d’ailleurs une mise en scène qui respire comme un rêve. La scénographie ne décrit pas, elle insinue. Un meuble qui glisse, un miroir qui s’ouvre, une lumière qui vacille : tout devient transition et respiration. Le bureau devient forêt, souvenir, page blanche. Les murs semblent parfois se rapprocher, se détourner, se refermer. On entend presque le crissement d’un crayon hésitant, ou celui d’un souvenir trop lourd qui cherche à revenir. La mise en scène de Victoire Berger Perrin ressemble à une lanterne magique : elle éclaire ce que l’on croyait connaître et révèle ce que l’on n’avait jamais osé regarder.

C’est donc une heure dix suspendue dans une vibration. La pièce dure soixante dix minutes, mais le temps y circule comme de la fumée. On ne sait plus vraiment ce qui appartient à la mémoire, au délire ou au conte. L’enfance palpite partout, dans les échos de rires imaginaires, les silhouettes fugaces, les couleurs qui surgissent avant de s’effacer.

L’œuvre interroge en silence : que reste t il de nous lorsque nos rêves deviennent réels ? Et que perd on en les accomplissant ?

On ressort avec la sensation étrange qu’une part de nous est restée dans la salle, suspendue entre deux dessins, errant dans les couloirs du Lucernaire à la recherche d’une image qui n’a pas encore trouvé sa forme.

Cette pièce évoque Walt Disney, certes, mais surtout cette part intime de chacun qui s’acharne à créer même lorsque cela fait vaciller. Parce qu’elle offre un théâtre rare, fragile et incandescent, où l’on voit les rêves trembler à l’instant où ils prennent vie. Parce qu’elle convoque une poésie brute, une mélancolie douce et une vibration singulière qui ne s’oublie pas. Longtemps après le noir final, on croit encore entendre l’écho d’un crayon qui gratte, d’un trait qui cherche, d’un monde en train de naître.

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Pour le spectacle, en revanche, de nouveaux costumes sont créés par les ateliers.

Quant à savoir si c’est grisant, oui ! Je trouve toujours plus grisant de jouer des pièces qui ne sont pas si souvent montées. Il y a moins de repères, et c’est aussi une liberté. Je n’avais pas vu le spectacle de Brigitte à l’époque, mais j’en ai regardé la captation. C’est intéressant de découvrir les différentes esthétiques selon les époques, les différentes façons de jouer.

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Bonjour ! Qu’est-ce qui t’a donné envie de porter ce texte sur scène ? Et, en le travaillant, as-tu découvert des choses que tu n’avais pas perçues à la première lecture ?

Laurence Gray : Je suis une grande lectrice, mais je trouve parfois la lecture d’une pièce un peu aride. Le théâtre est fait pour être joué, pour être vu. Or, là, c’est l’une des rares fois où, dès la lecture, j’étais totalement avec le personnage. J’étais transportée, je passais du rire aux larmes. Je l’ai lu d’une traite et j’ai eu un immense coup de cœur.