Paris Kiko : quand l’art japonais de l’obi entre dans la maison

C’est au Ritz que j’ai découvert les créations de Paris Kiko et cette façon singulière de faire entrer l’art japonais de l’obi dans la décoration. Ce qui m’a plu, c’est l’idée qu’une étoffe puisse donner autant de caractère à un lieu. À travers ses couleurs, ses motifs et les détails de son tissage, elle invite à regarder autrement l’espace qui l’entoure.

Traditionnellement porté autour du kimono, l’obi trouve chez Paris Kiko de nouveaux espaces d’expression. Je l’imagine en chemin de table, disposé en bout de lit ou présenté au mur, comme une œuvre textile à part entière. La sélection met à l’honneur des pièces uniques issues du savoir-faire de Nishijin, à Kyoto. J’aime cette démarche qui permet à un artisanat traditionnel de trouver sa place dans nos intérieurs et de continuer à vivre à travers de nouveaux usages.

Dans cette collection, je suis sensible à la diversité des compositions. Certaines évoquent un paysage, d’autres concentrent leur force dans une fleur ou dans la délicatesse du tissage. Chacune me suggère une atmosphère différente, avec un équilibre particulier entre les couleurs, les motifs et les espaces laissés libres. Je me surprends à imaginer les meubles, les matières et les objets qui pourraient les accompagner.

Avec Herons Along the Flowing Stream, je retrouve la quiétude d’une scène au bord de l’eau. Sur un fond brun sombre se détachent une aigrette blanche, des végétaux et des motifs de courant, accompagnés de fils dorés et argentés. Cette association me plaît pour sa richesse discrète. Avec ses quatre mètres de longueur pour trente et un centimètres de largeur, j’imagine cette pièce sur une grande table en bois, accompagnée de quelques céramiques aux lignes simples. Je la verrais aussi au mur, avec suffisamment d’espace autour pour laisser son paysage se déployer.

Crimson Camellia m’attire pour une autre raison. Un camélia rouge se détache sur un fond écru, dans une composition qui laisse une large place au vide. Mon regard va immédiatement vers la fleur, puis revient aux branches et aux nuances qui l’entourent. J’aime la présence de ce motif, capable de retenir l’attention sans occuper toute la surface. Ce modèle de deux mètres sur trente et un centimètres, je le verrais volontiers sur une console en bois clair ou dans un encadrement sobre. Dans une pièce aux tons doux, son rouge apporterait une touche de couleur autour de laquelle choisir quelques objets.

Avec Snow Weave Serenity, c’est la légèreté qui retient mon attention. Le fond blanc translucide, le tissage ajouré et les petits décors floraux composent un ensemble délicat. Je trouve particulièrement évocateurs ses motifs de tanzaku, inspirés des bandes de papier destinées à la poésie et à la calligraphie japonaises. Les nuances pâles, ponctuées de vert et de vermillon, me donnent envie de l’associer au bois naturel, au verre ou à une porcelaine blanche, dans un intérieur où la lumière pourrait souligner les subtilités du tissage.

À travers ces pièces, je retrouve une manière de décorer qui me parle : partir d’un objet que l’on aime, puis construire progressivement autour de lui. Je choisirais quelques matières sobres et des couleurs présentes dans ses motifs, en laissant au textile la place de s’exprimer. Selon sa disposition, un même obi pourrait accompagner les lignes d’un meuble ou devenir le point central d’un mur.

C’est cette liberté qui m’intéresse dans la démarche de Paris Kiko. J’y vois l’occasion de porter un autre regard sur un accessoire traditionnel et sur le travail des artisans qui lui donnent naissance. L’obi devient alors une présence familière, une pièce que l’on prend plaisir à regarder chaque jour et dont on continue de découvrir les détails.

https://shop.pariskiko.com

Article by : Tristan Baille

Interview de Stéphane Varupenne autour de « Ruy Blas », de Victor Hugo

Interview de Stéphane Varupenne autour de « Ruy Blas », de Victor Hugo

Stéphane Varupenne : Bonjour ! Il y a parfois des liens à travers les costumes de répétition. On retrouve des étiquettes portant les noms d’anciens comédiens, pas forcément ceux de la dernière production, d’ailleurs : cela vient du stock de la maison. Quand on enfile une veste ayant appartenu à un comédien qu’on n’a pas connu, c’est assez dingue. Il existe cette filiation par le costume.

Pour le spectacle, en revanche, de nouveaux costumes sont créés par les ateliers.

Quant à savoir si c’est grisant, oui ! Je trouve toujours plus grisant de jouer des pièces qui ne sont pas si souvent montées. Il y a moins de repères, et c’est aussi une liberté. Je n’avais pas vu le spectacle de Brigitte à l’époque, mais j’en ai regardé la captation. C’est intéressant de découvrir les différentes esthétiques selon les époques, les différentes façons de jouer.

Entretien de Tristan Baille avec Laurence Gray autour de Toutes les choses géniales

Entretien de Tristan Baille avec Laurence Gray autour de Toutes les choses géniales

Bonjour ! Qu’est-ce qui t’a donné envie de porter ce texte sur scène ? Et, en le travaillant, as-tu découvert des choses que tu n’avais pas perçues à la première lecture ?

Laurence Gray : Je suis une grande lectrice, mais je trouve parfois la lecture d’une pièce un peu aride. Le théâtre est fait pour être joué, pour être vu. Or, là, c’est l’une des rares fois où, dès la lecture, j’étais totalement avec le personnage. J’étais transportée, je passais du rire aux larmes. Je l’ai lu d’une traite et j’ai eu un immense coup de cœur.

Äkta à Genève, le bistrot qui façonne aussi ses assiettes

Äkta à Genève, le bistrot qui façonne aussi ses assiettes

À Plainpalais, Lisa Otterström et Grégoire Lieutet ont ouvert une adresse à leur image, libre, chaleureuse et profondément attachée au “fait maison”. Du pain au levain à la céramique, leur goût pour l’artisanat donne une personnalité singulière à cette table où l’on vient autant pour manger que pour se retrouver.

SACRÉE – MARGAUX

SACRÉE – MARGAUX

Margaux est messagère de l’invisible. Elle canalise les messages de vos guides, vos proches disparus, vos animaux, ou simplement ce qui cherche à se présenter à vous à ce moment précis de votre vie. Elle est le pont, entre ce que vous vivez et ce que vous ne savez pas encore entendre.

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

At the San Sebastián International Film Festival, I met filmmaker Marlène Emilie Lyngstad at the Hotel María Cristina to discuss « Cute », her debut feature. Exploring transgressive desires and a relationship that resists straightforward moral categorisation, the film deliberately places the viewer in an uncomfortable position : it asks audiences neither to endorse its characters’ behaviour nor to condemn them outright, but to take the time to examine what lies behind their impulses, their loneliness and their need to be loved.

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

I feel a sense of gentleness mingled with something far more painful, as though Fatih Akin had wanted to rediscover, beneath all the violence, all the wounds and all the shadowy places his cinema has so often explored, a more unguarded, almost purer form of feeling, something that still belongs to that age when we can love before we have learned to protect ourselves, when we believe everything is beginning at the very moment life may brutally decide that everything must stop.

Faris and Farasha are twenty when they meet, a single glance is enough, then Farasha dies that very night, yet their story does not end there, because she manages to reach Faris in his dreams for forty nights, and I love this idea deeply because it turns the supernatural into something profoundly intimate: not the spectacular wish to bring back the dead, but the much simpler, far more universal longing for a little more time with someone we have just lost.

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Tristan Baille : In « Body of Glass », artistic creation is at times connected with violence, destruction and human contradictions. Was this something that was already on your mind when you were writing the film ?

Naemi Ada : Yes, I thought about it a lot while writing, about the way art can sometimes emerge from violence, destruction or contradiction. We are human beings, and we are made up of very different things, sometimes even opposing things. Nothing is completely pure or perfectly coherent. There can be something strange in the way we live, communicate and behave towards one another, and art is also part of that complexity. For me, making a film is perhaps a way of entering into those contradictions rather than trying to resolve them.

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

C’est une belle découverte pour moi. Au 28, place des Vosges, sous les arcades de l’une des places les plus emblématiques de Paris, je découvre à la Jakobson Gallery un écrin qui semble avoir été imaginé pour les sculptures de Valérie Hadida. Entre la géométrie souveraine de la pierre, la lumière changeante des galeries couvertes et les silhouettes de l’artiste, une évidence s’impose presque immédiatement. Je n’ai pas l’impression de voir des œuvres simplement exposées : elles semblent avoir trouvé une demeure.