Interview de Lionel Cecilio

Tristan Baille : D’où vient l’idée de ce spectacle ?

Lionel Cecilio : Elle naît pendant le premier confinement. Les théâtres ferment, je me retrouve arrêté net, avec du temps, et je commence à m’intéresser à l’histoire de ma famille au Portugal. J’appelle ma grand-mère et je découvre qu’elle a vécu sous la dictature de Salazar, la révolution, la censure, la peur, tout un pan de son existence que je ne connaissais pas. Je me suis rendu compte que je ne la connaissais qu’en tant que « mémé », pas comme femme, pas comme jeune fille, pas comme citoyenne sous un régime autoritaire. J’ai compris que ce silence, cette pudeur, ces habitudes, même le fait qu’elle mange seule dans la cuisine, étaient des héritages directs de la dictature. À partir de là, j’ai voulu écrire sur la transmission, sur ce que chaque génération porte sans le savoir.

Tristan Baille : Pourquoi la Révolution des Œillets vous a-t-elle autant bouleversé ?

Lionel Cecilio : Parce que j’ai découvert une violence que je n’aurais jamais imaginée dans ce pays que je croyais doux, paisible, lumineux. J’ai appris que des membres de ma propre famille avaient été torturés, forcés à tuer, brisés psychologiquement. J’ai compris que certaines violences raciales encore visibles dans les années 90 au Portugal étaient les prolongements directs du régime. Et surtout, j’ai réalisé à quel point cette dictature est récente. À l’échelle d’un peuple, 50 ans, ce n’est rien. On vit encore dedans sans le savoir.

Tristan Baille : Le spectacle mêle gravité et humour. Était-ce volontaire ?

Lionel Cecilio : Oui, parce que la vie fonctionne comme ça. On peut pleurer, puis rire la minute d’après. Même dans les pires contextes, il y a de la lumière. Et c’est précisément ce que raconte la Révolution des Œillets : comment des gens ont réussi à renverser une dictature avec « la fleur au fusil », avec des chansons, de la solidarité. Je voulais une narration vivante, presque comme une série, avec de l’élan, du suspense, de l’émotion, mais aussi de la légèreté.

Lionel au théâtre de la Comédie Bastille 

De et avec Lionel Cecilio

Mise en scène de Jean-Philippe Daguerre

Tristan Baille : Finalement, c’est une sorte de mission que de monter sur scène.

Lionel Cecilio : Oui. Très clairement. Je ne peux pas monter sur scène si je n’ai rien à dire. Le public fait un vrai effort pour venir : il paie, il se déplace, il choisit. Je me dois de lui offrir plus qu’un simple divertissement. Je n’ai pas de réponses toutes faites, mais j’ai une responsabilité : ouvrir des questions, provoquer la réflexion, créer de l’émotion et du sens. Si en sortant, les gens ont envie de lire, de comprendre, de discuter, alors le théâtre a fait son travail.

Tristan Baille : Avec Jean-Philippe Daguerre à la mise en scène !

Lionel Cecilio : Il a été déterminant dans ma vie de comédien. En voyant sa mise en scène de « La Flûte enchantée », j’ai compris qu’il y avait de la place pour tout le monde au théâtre. Quand j’ai eu ce projet, c’était évident que je voulais travailler avec lui. On a construit le spectacle comme deux artisans, dans son salon, avec une confiance et une liberté incroyables. C’est une aventure profondément humaine.

 Lionel Cecilio au théâtre de la Huchette (© Grégoire Matzneff)

Tristan Baille : Que souhaitez-vous que le public retienne ?

Lionel Cecilio : Que la démocratie est fragile. Que rien n’est jamais acquis. Et que l’humanité, la solidarité et la poésie peuvent réellement changer le monde. Même aujourd’hui.

Je sors de notre interview avec le sourire. Lionel Cecilio est de ces comédiens rares qui ne montent pas sur scène seulement pour “jouer”, mais pour ouvrir un espace. Chez lui, le théâtre n’est pas un exercice de style : c’est un endroit de vérité, construit avec la précision d’un artisan et la ferveur d’un enfant qui croit à son monde au point de nous y faire entrer. On sent dans chaque mot, dans chaque silence, dans chaque respiration, qu’il ne raconte pas qu’une histoire : il transmet une trace. Celle de sa grand-mère, celle d’un peuple, celle de ces vies façonnées par la dictature, la peur, la retenue, mais aussi par une incroyable capacité à rester humains. Sa parole est traversée par cette “trace d’escargot” invisible qu’il a appris à regarder, et qu’il nous invite à regarder à notre tour. Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la beauté du récit, ni la puissance de la mémoire. C’est l’exigence morale qui le porte. Lionel ne monte pas sur scène “par habitude”. Il monte parce qu’il estime qu’avoir une tribune oblige. Qu’on ne peut pas inviter des gens à quitter leur quotidien sans leur offrir autre chose qu’un simple divertissement. En sortant, on n’a pas seulement vu un spectacle. On a été convié à une veille. À une attention. À une responsabilité. Et c’est peut-être là que réside la magie de Lionel Cecilio : dans cette capacité à transformer un plateau nu en lieu de mémoire, de conscience et d’humanité.

Hôtel Prince de Conti

Hôtel Prince de Conti

Niché dans le 6ᵉ arrondissement, à quelques pas de la Seine, l’hôtel Prince de Conti s’inscrit naturellement dans l’âme de Saint-Germain-des-Prés. L’adresse, discrète et élégante, donne sur une rue calme tout en restant au cœur d’un quartier animé, où se croisent librairies historiques, cafés mythiques et galeries d’art. Ici, Paris se découvre à pied, au fil des quais, des ponts et des ruelles chargées de mémoire. 

Interview de Lambert Wilson

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Lambert Wilson : De mon père d’abord. Jeune, il jouait du saxophone dans les bals. Quand mon frère et moi avons eu sept et huit ans, il nous a offert des instruments et nous a appris à lire la musique. L’été, on jouait tous ensemble, avec un ami clarinettiste. C’était simple, joyeux, presque naturel. Plus tard, la maison a été envahie par le jazz : un big band répétait tous les lundis chez nous. Puis je suis parti à Londres à 17 ans. Là-bas, j’ai découvert une autre manière d’aborder la musique, plus libre, mêlée à la danse, au théâtre. En revenant en France, vers vingt ans, j’ai pris des cours de chant classique, par prudence d’abord : je voulais être prêt si l’on me proposait une comédie musicale. Et ce travail m’a entraîné plus loin que prévu, vers des concerts, des enregistrements, une vie parallèle de chanteur. Ce qui m’amuse, c’est qu’après quarante ans de scène, on me demande encore : « Ah bon, vous chantez ? »

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