Interview Boris Provost / TRANOÏ Paris AW26/27 – Mars 2026

Tristan Baille : Tranoï s’est imposé comme un rendez vous incontournable du calendrier international de la mode. Quelle est aujourd’hui votre vision stratégique pour continuer à renforcer son influence dans un écosystème en rapide mutation ?

Boris Provost : Notre vision est de renforcer l’influence de Tranoï en continuant à capitaliser sur nos trois piliers fondateurs : la sélectivité, avec une offre qualitative soigneusement filtrée et segmentée pour répondre aux besoins des acheteurs, la créativité, à travers le soutien aux talents émergents, une recherche constante d’excellence et des propositions audacieuses, avant gardistes et originales, et l’international, grâce à des liens permanents avec les capitales de la mode et une forte présence de collectifs internationaux. Parallèlement, nous développons des connexions plus solides et renforçons notre écosystème international. Faire partie de la Division Mode de GL events est un véritable atout. Nous bénéficions de l’expertise d’un leader mondial de l’événementiel, ce qui nous permet de voir plus grand en termes de rayonnement, d’excellence opérationnelle et de développement international. Ces synergies nous donnent la structure nécessaire pour grandir tout en préservant notre identité.

Notre partenariat avec Première Vision approfondit également notre proposition mode. Cette saison, par exemple, nous lançons un tout nouveau programme de conférences conçu avec leurs équipes, et nous intégrons l’expertise couleur signature de Première Vision dans le design de l’événement. Cela permet d’unifier la vision créative du salon tout en apportant une réelle valeur ajoutée aux marques comme aux acheteurs. Dans un écosystème en constante évolution, l’influence naît de la collaboration, du contenu et de la pertinence. Notre stratégie consiste à connecter les plateformes, les expertises et les communautés.

Tristan Baille : Cette édition introduit un nouveau parcours structuré autour de thématiques clés telles que Italian Savoir Faire, Designer Lab et Elevated Minimalism. Quelle était votre intention derrière cette nouvelle organisation, et que révèle t elle des évolutions actuelles du design ?

Boris Provost : Cette nouvelle structuration visait avant tout à donner du sens et de la lisibilité à l’édition. Plutôt que de simplement présenter des marques, nous avons voulu créer un parcours qui reflète réellement ce qui se passe aujourd’hui dans le design. La segmentation a également été pensée en tenant compte des acheteurs, afin de leur permettre d’identifier facilement ce qu’ils recherchent et de naviguer dans l’offre de manière plus efficace et ciblée.

Avec Italian Savoir Faire, l’intention était de célébrer une forme d’élégance très spécifique, ancrée dans l’héritage, l’artisanat et un profond respect des matières. L’Italie incarne depuis longtemps cet équilibre entre tradition et modernité. En réunissant des marques qui mettent l’accent sur la beauté des tissus et la précision des coupes, ce thème souligne un retour à la qualité et à la durabilité. Le Designer Lab, quant à lui, met en lumière une nouvelle génération de créatifs qui repoussent les frontières. Ce qui rend cet espace particulièrement pertinent aujourd’hui, c’est son engagement en matière de responsabilité, notamment à travers l’upcycling et les pratiques innovantes de réutilisation. Il reflète le désir croissant des consommateurs pour des approches plus durables et l’évolution des comportements d’achat vers davantage de responsabilité, démontrant que l’innovation est désormais indissociable de la responsabilité.

Avec Elevated Minimalism, nous avons voulu capter le désir d’un design raffiné et réfléchi : des lignes épurées, des silhouettes affirmées et des pièces intentionnelles plutôt qu’ostentatoires. Cette thématique fait également écho au mouvement du « quiet luxury », tendance de fond présente de manière constante ces dernières saisons, où l’élégance discrète et la qualité durable priment sur le branding visible et la profusion de détails.

Ensemble, ces trois thèmes révèlent une évolution plus large du design contemporain : une orientation vers un design porteur de sens, fondé sur l’exigence, l’attention, la responsabilité et une véritable intention.

Tristan Baille : Dans un contexte où les marques doivent conjuguer identité créative forte et viabilité commerciale, comment Tranoï accompagne t il concrètement les designers pour répondre aux attentes des acheteurs internationaux ?

Boris Provost : Tranoï est le pont entre la vision hautement créative des designers et les attentes très spécifiques des acheteurs internationaux. Le salon ne se contente pas d’aligner des portants : il façonne, structure et met en scène les marques de manière à les rendre non seulement attractives sur le plan créatif, mais aussi claires et fiables d’un point de vue business. Il existe un véritable processus de curation. Tranoï sélectionne les marques pour leur singularité, leur capacité d’innovation et leur exigence de qualité, afin d’offrir aux acheteurs une proposition affinée, pré-filtrée, avec un positionnement cohérent et un réel potentiel commercial.

Les designers ne sont pas laissés seuls : ils sont accompagnés pour présenter leurs collections de manière concise et efficace, structurer leur discours et traduire leur vision personnelle en une offre claire, adaptée aussi bien à un multimarques à Tokyo qu’à un concept store à New York ou à un e retailer européen.

Enfin, Tranoï prolonge ce travail au delà des quatre jours du salon, notamment grâce à des outils digitaux qui permettent aux acheteurs d’explorer les marques en amont, de suivre les collections et de rester en contact. Dans le marché actuel, les acheteurs souhaitent découvrir des créateurs singuliers, mais ils ont également besoin d’un environnement structuré et rassurant qui leur permette de faire leurs choix en toute confiance.

Tristan Baille : Le programme de conférences présenté par Première Vision mettra en lumière les tendances et perspectives du secteur. Selon vous, quels sont aujourd’hui les grands défis qui transforment durablement le marché mondial de la mode ?

Boris Provost : La programmation de Première Vision à Tranoï, le séminaire Colors of the Season AW 26/27 et la conférence Key Autumn/Winter 26/27 Trends Decoded, reflète avec justesse la manière dont l’industrie fait face aux grandes transformations qui redéfinissent durablement la mode. Les réglementations en matière de durabilité et la pression environnementale imposent désormais aux marques des chaînes d’approvisionnement traçables et des modèles circulaires. Les outils digitaux tels que l’IA, la conception 3D et la data accélèrent l’ensemble du processus, de la création à la vente. Les consommateurs, plus attentifs à leurs dépenses, recherchent néanmoins des marques porteuses de valeurs et d’authenticité. La palette chromatique devient alors un vecteur émotionnel et culturel clé pour trouver le juste équilibre.

Dans un contexte géopolitique qui perturbe les chaînes logistiques et les marchés, ces programmes offrent une lecture stratégique permettant une diversification plus intelligente. Il ne s’agit pas simplement de rapports de tendances, mais de véritables outils opérationnels aidant les marques à rester à la fois créatives et performantes dans un environnement marqué par les exigences de durabilité, les avancées technologiques et une consommation plus consciente.

Tristan Baille : Au delà de cette édition, quelles sont les ambitions de Tranoï pour les années à venir, et comment envisagez vous le rôle d’un salon de mode dans l’avenir d’une industrie en mutation rapide ?

Boris Provost : À l’avenir, l’ambition de Tranoï est d’élargir son empreinte internationale tout en restant fidèle à son rôle de plateforme de découverte et de mise en relation. Le format des Tranoï Showcase nous permet de créer des événements sur mesure partout dans le monde. Au Japon, par exemple, nous lancerons un pavillon Denim Première Vision lors de Tranoï Tokyo en septembre prochain. Le Japon est un véritable hub d’expertise technique et de savoir faire artisanal, et ce nouveau pavillon mettra en lumière cette force.

Plus largement, les salons de mode deviennent bien plus que de simples espaces d’exposition de produits : ils se transforment en véritables expériences où se rencontrent savoir, créativité et connexions.

ENGLISH VERSION

Tristan Baille : Tranoï has established itself as a key event on the international fashion calendar. What is your strategic vision today to further strengthen its influence in a rapidly changing ecosystem?

Boris Provost : Our vision is to strengthen Tranoï’s influence by continuing to build on our three founding pillars : selectivity, with a carefully curated and segmented high quality offer tailored to buyers’ needs; creativity, through supporting emerging talents, a constant pursuit of excellence and bold, forward-thinking proposals, and international reach, thanks to ongoing connections with global fashion capitals and a strong presence of international collectives.

At the same time, we are developing stronger connections and reinforcing our international ecosystem. Being part of GL events’ Fashion Division is a real asset. We benefit from the expertise of a global leader in the events industry, enabling us to think bigger in terms of visibility, operational excellence and international development, while preserving our identity.

Our partnership with Première Vision also deepens our fashion proposition. This season, for instance, we are launching a brand-new conference programme designed with their teams, and we are integrating Première Vision’s signature colour expertise into the event design. This unifies the creative vision of the show while bringing real added value to both brands and buyers.

In a constantly evolving ecosystem, influence comes from collaboration, content and relevance. Our strategy is to connect platforms, expertise and communities.

(Propos recueillis par Tristan Baille)

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

At the San Sebastián International Film Festival, I met filmmaker Marlène Emilie Lyngstad at the Hotel María Cristina to discuss « Cute », her debut feature. Exploring transgressive desires and a relationship that resists straightforward moral categorisation, the film deliberately places the viewer in an uncomfortable position : it asks audiences neither to endorse its characters’ behaviour nor to condemn them outright, but to take the time to examine what lies behind their impulses, their loneliness and their need to be loved.

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

I feel a sense of gentleness mingled with something far more painful, as though Fatih Akin had wanted to rediscover, beneath all the violence, all the wounds and all the shadowy places his cinema has so often explored, a more unguarded, almost purer form of feeling, something that still belongs to that age when we can love before we have learned to protect ourselves, when we believe everything is beginning at the very moment life may brutally decide that everything must stop.

Faris and Farasha are twenty when they meet, a single glance is enough, then Farasha dies that very night, yet their story does not end there, because she manages to reach Faris in his dreams for forty nights, and I love this idea deeply because it turns the supernatural into something profoundly intimate: not the spectacular wish to bring back the dead, but the much simpler, far more universal longing for a little more time with someone we have just lost.

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Tristan Baille : In « Body of Glass », artistic creation is at times connected with violence, destruction and human contradictions. Was this something that was already on your mind when you were writing the film ?

Naemi Ada : Yes, I thought about it a lot while writing, about the way art can sometimes emerge from violence, destruction or contradiction. We are human beings, and we are made up of very different things, sometimes even opposing things. Nothing is completely pure or perfectly coherent. There can be something strange in the way we live, communicate and behave towards one another, and art is also part of that complexity. For me, making a film is perhaps a way of entering into those contradictions rather than trying to resolve them.

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

C’est une belle découverte pour moi. Au 28, place des Vosges, sous les arcades de l’une des places les plus emblématiques de Paris, je découvre à la Jakobson Gallery un écrin qui semble avoir été imaginé pour les sculptures de Valérie Hadida. Entre la géométrie souveraine de la pierre, la lumière changeante des galeries couvertes et les silhouettes de l’artiste, une évidence s’impose presque immédiatement. Je n’ai pas l’impression de voir des œuvres simplement exposées : elles semblent avoir trouvé une demeure.

PALO SANTO – IBIZA

PALO SANTO – IBIZA

Il y a des endroits qui portent en eux quelque chose d’indéfinissable. Une énergie, une âme. Las Dalias, à San Carlos, est de ceux-là. Ce qui a commencé en 1954 comme une simple bodega de village est devenu au fil des décennies l’un des lieux les plus mythiques d’Ibiza. Le marché hippie du week-end, connu dans le monde entier, attire créateurs, voyageurs et insulaires depuis des générations. En semaine, le marché nocturne prend le relais, avec ses cent stands de mode, bijoux et artisanat baignés de lumières féeriques et de musique envoûtante. Et chaque mercredi soir, c’est le célébrissime Namaste, qui s’empare du jardin dès 19h, avant de migrer vers le club Akasha pour prolonger la nuit. Une célébration qui rassemble depuis plus de 25 ans autour de la danse, de la musique, de l’amour et de la paix. Ici, tous les âges, tous les styles, toutes les tribus se croisent et se mélangent. C’est ça, Las Dalias. Un lieu de vie à part entière, ouvert, coloré, libre. Exactement l’endroit où l’on s’attend à trouver un restaurant comme Palo Santo.

Matsuri Genève, le sushi bar culte prend l’accent Suisse

Matsuri Genève, le sushi bar culte prend l’accent Suisse

Matsuri a choisi les Eaux-Vives pour poser ses premières assiettes en Suisse. Une arrivée qui marque un nouveau chapitre pour cette enseigne née à Paris en 1986, connue pour son kaïten, ce tapis roulant autour duquel s’organise le repas. À Genève, le concept a été entièrement repensé avec Pesca Rouge, poissonnerie et table carougeoise fondée par Anaïs et David Comerro, qui apporte au projet son expertise du produit et son ancrage local.

NŪN IBIZA – Le feu, la mer et l’âme d’Ibiza

NŪN IBIZA – Le feu, la mer et l’âme d’Ibiza

À Cala Llonga, là où la baie dessine l’un des paysages les plus doux de l’île, NŪN incarne parfaitement cette nouvelle génération d’adresses qui font rayonner Ibiza autrement.

Dès l’arrivée, le décor donne le ton. Face à la mer, entre sable blond, bois naturel et teintes lumineuses, l’atmosphère est élégante sans jamais être prétentieuse. Ici, tout semble ralentir. Le temps, les conversations, le rythme de la journée.

MAJORELLE – Ibiza

MAJORELLE – Ibiza

Nichée dans les ruelles de Dalt Vila, à quelques mètres seulement du cœur animé de la vieille ville, Majorelle se découvre comme une parenthèse paisible au milieu du tumulte d’Ibiza le soir. L’adresse se trouve dans une rue calme, presque à l’écart, et c’est...