Interview de Christophe Barbier et Pauline Courtin

Tristan Baille : Bonjour à tous les deux. Pauline Courtin, Christophe Barbier, la musique est encore omniprésente dans cette pièce. Mais pourquoi le choix de ce compositeur ?

Pauline Courtin : C’est l’un de mes compositeurs fétiches. Sa musique me ressemble beaucoup. Le rire. Les airs de folie. C’est ce qu’on avait envie d’exprimer. On avait envie de passer à quelque chose de divertissant. Qui amuse les gens. Qui donne envie d’aimer la musique classique.

Christophe Barbier : Il y avait aussi l’exigence d’avoir à la fois un compositeur dont les œuvres sont riches, avec des airs connus ou non à faire découvrir, et aussi un compositeur avec une histoire, une biographie, des événements. Certains compositeurs ont une vie triste. Rectiligne. D’autres ont eu un destin. Mozart, c’était évident. C’est vrai aussi pour Offenbach. Arrivé à 14 ans de sa Prusse, il se fait connaître comme violoncelliste. Il compose pour des bals. Et impose un genre avec le temps. L’opéra bouffe. Devenant le compositeur le plus célèbre de toute une période. Qui se termine mal avec la guerre alors qu’il est lui même franco prussien. C’est un sacré destin. Sans oublier deux ou trois cantatrices qui comptèrent énormément. Dont Hortense Schneider. On ne trouve pas ça chez tous les compositeurs. D’où un sujet en or.

Pauline Courtin : On parlait de lui comme le compositeur parisien alors qu’il est né allemand.

Tristan Baille : La « vie parisienne » s’est appropriée un artiste étranger…ce qui est certain, c’est que l’on sent votre passion pour la musique !

Christophe Barbier : C’est une passion que j’avais un peu. Sur la musique classique, symphonique, et la musique sacrée. J’ai découvert avec Pauline un monde que j’avais peu abordé. L’opéra. L’opéra bouffe. J’allais très peu à l’opéra à l’époque et les livrets ne me passionnaient pas. Puis j’ai réalisé que cet univers était complexe et riche.

Pauline Courtin : De toute façon, nous nous sommes rencontrés dans un festival où Christophe jouait et où, moi, je chantais !

Christophe Barbier : Heureusement pour les spectateurs, je chante peu ! (Rires)

Tristan Baille : Cela relance des scènes à plusieurs moments. Notamment les échanges plus épais avec le pianiste Vadim, comme un vrai personnage.

Pauline Courtin : En construisant le spectacle, j’avais pensé au film d’Alain Resnais. « On connaît la chanson ». Pour se répondre en musique. Et Christophe a très bien compris et assimilé l’esprit d’Offenbach. A le restituer dans son texte.

Christophe Barbier : Les airs ne sont pas que des moments, des récits de la vie d’Offenbach. Ils ont leur importance dans l’intrigue. Qui part de ce dîner des trois empereurs qui fut bien réel ! Un moment très important de la vie mondaine parisienne. Pour l’exposition universelle à Paris. Et cette convocation pour un spectacle, non. Mais il y a eu un dîner. 8 heures ! Des souvenirs dans les journaux !

Tristan Baille : Il n’y avait pas non plus le subterfuge de la moustache et du déguisement. Du jeu coquin. Comment choisir les chansons dans ce genre de spectacle ?

Pauline Courtin : Après concertation, on a fait un choix de musiques. Mais on voulait mêler les « tubes » à des morceaux moins connus comme le « violoneux » qui était dans la biographie d’Hortense. Elle débuta avec ! Christophe a alors conçu une histoire autour de ces airs.

Christophe Barbier : Pendant que Pauline faisait ce choix de répertoire, comme des perles que l’on pouvait mettre sur un fil, j’ai lu plusieurs biographies, à la recherche de la situation théâtrale. Et quand j’ai vu ce dîner, au sommet de la gloire d’Offenbach…cette coïncidence entre ce repas très politique et la création de la «grande duchesse de Gerolstein », qui fait un triomphe, alors que d’autres opéras bouffes se jouent et font un triomphe et qu’il domine Paris, j’ai pensé « il y a une situation ». Après « Mozart mon amour », je connaissais bien Pauline et Vadim. Il y a le tsar et Vadim, estonien, parle le russe. Le reste s’est imposé assez vite. « Mozart mon amour » était le récit de sa vie, récit ponctué de ses airs. Alors que là, ce sont les airs qui font amener l’histoire.

Tristan Baille : Oui c’est différent. Notamment les « flash-back » qui rappellent la rencontre.

Christophe Barbier : Voilà. Et il ne fallait pas le raconter mais le jouer. « Mozart mon amour » était un spectacle hiératique et solennel. Porté par l’émotion. Mozart était mort dans l’histoire et les personnages travaillaient pour sa postérité.

Tristan Baille : Vous essayez par le théâtre de dire aux gens « écoutez de la musique, n’oubliez pas les grands compositeurs ! »

Pauline Courtin : Parfois on méprise un peu l’humour et on montre le drame. En France, Offenbach tombe un peu en désuétude, et c’est dommage. On avait envie de le remettre à l’honneur. De transmettre cette musique aux jeunes générations qui ne vont pas toujours à l’opéra.

Tristan Baille : Offenbach n’est il pas le compositeur idéal pour faire découvrir et aimer l’opéra à un enfant ?

Christophe Barbier : La scène de la mouche !

Pauline Courtin : Cela représente Napoléon 3 en fait ! L’abeille était son emblème et Offenbach se joue de l’insecte en le travestissant.

Tristan Baille : Le 19 eme était un siècle mélancolique. Mais avec Offenbach, on chante l’amour, la liberté !

Pauline Courtin : Toutes ces héroïnes sont des féministes. Elles prennent leur destin en main.

Tristan Baille : Chez d’autres, elles meurent du choléra et sont des gourgandines.

Christophe Barbier : C’est le reflet d’une époque avec tous ces paradoxes. C’est une marche à la politique étrangère, à la prospérité. L’époque dévore la population. Le baron Haussmann refait Paris. Tout avance à marche forcée. Et il y a pourtant cette impression de gaieté où tout est possible.

Tristan Baille : Quelle fut la principale difficulté ?

Pauline Courtin : Après « Mozart mon amour », ce fut plus fluide.

Christophe Barbier : L’interrogation, c’était le personnage. Fallait il en faire une caricature ? Une reconstitution et rester sobre ? Et l’accent allemand, réaliste, sans être dans la grande vadrouille ou Papi fait de la résistance, le côté yiddish de la communauté juive de Cologne. Comment placer le curseur ? Les sous titres, quand le tsar russe et qu’Offenbach traduit en mentant…il ne fallait pas en faire trop, même pour une comédie !

Tristan Baille : Par exemple, le passage sur Wagner, vous vous le partagez avec énergie ! Comme Hortense !

Pauline Courtin : Hortense était énergique ! Ses parents venaient d’un milieu modeste. Et elle a toute cette gloire qui arrive alors qu’elle n’a pas l’éducation de ce milieu. Elle a du caractère avec des caprices de diva, mais il déminait toujours la situation.

Tristan Baille : Mais Offenbach, qui était il ?

Christophe Barbier : Une énergie. Un phénomène. Il s’épuisait. C’était un énorme travailleur. Il composait jour et nuit. Dans le fiacre, en faisant la fête.

Pauline Courtin : Une grande ressemblance avec Christophe Barbier. Lui, c’est dans le métro ! (Rires)

Christophe Barbier : Et il avait un attachement affectif avec ses chanteuses, ses amis, sa famille. C’est un personnage extrêmement riche. Rossini et Verdi meurent dans le triomphe et la gloire. La tristesse, c’est peut être de ne pas entendre de son vivant les Contes d’Hoffmann », qui a une autre dimension, et qui d’ailleurs ne sont pas dans le spectacle.

Pauline Courtin : Les contes sont souvent joués. Alors que l’œuvre drôle est riche.

Tristan Baille : Un projet en cours ?

Pauline Courtin : Oui. Sacha Guitry.

Tristan Baille : De quoi s’amuser.

Christophe Barbier : Le moment, c’est les années 30. Il y a l’esprit parisien. Une musique. Des airs. La revue. Et le couple avec des scènes de ménage en permanence.

Tristan Baille : Merci. Que la tournée soit aussi belle que ce moment. A guichet fermé depuis de début !

Pauline Courtin et Christophe Barbier : Merci !

Offenbach et les 3 empereurs. Conçu et mis en scène par Christophe Barbier. Au théâtre de Poche Montparnasse.
Avec Christophe Barbier, Pauline Courtin et Vadim Sher au piano.

Photos de Pascal Gely

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