Interview de Lambert Wilson

Tristan Baille : Bonjour Mr Wilson.

Lambert Wilson : Bonjour.

Tristan Baille : D’où vous vient ce lien si profond avec la musique ?

Lambert Wilson : De mon père d’abord. Jeune, il jouait du saxophone dans les bals. Quand mon frère et moi avons eu sept et huit ans, il nous a offert des instruments et nous a appris à lire la musique. L’été, on jouait tous ensemble, avec un ami clarinettiste. C’était simple, joyeux, presque naturel. Plus tard, la maison a été envahie par le jazz : un big band répétait tous les lundis chez nous. Puis je suis parti à Londres à 17 ans. Là-bas, j’ai découvert une autre manière d’aborder la musique, plus libre, mêlée à la danse, au théâtre. En revenant en France, vers vingt ans, j’ai pris des cours de chant classique, par prudence d’abord : je voulais être prêt si l’on me proposait une comédie musicale. Et ce travail m’a entraîné plus loin que prévu, vers des concerts, des enregistrements, une vie parallèle de chanteur. Ce qui m’amuse, c’est qu’après quarante ans de scène, on me demande encore : « Ah bon, vous chantez ? »

photo de Jean Frédétic / Carole Bellaiche

Tristan Baille : Et vous avez chanté à Londres…

Lambert Wilson :…à la Scala, en tournée au Canada, en Belgique, en France… Mais le théâtre musical reste discret : sans télévision ni tubes, il ne s’impose pas dans les mémoires.

Tristan Baille : Quelle est la difficulté principale de ce double parcours ?

Lambert Wilson : Je crois que j’aurais dû être musicien. J’ai choisi d’être acteur pour des raisons intimes, liées à mon père, presque par défi. Pourtant, ce qui me rendait le plus heureux, c’était chanter. Aujourd’hui encore, je saisis toutes les occasions musicales : récitant, lectures avec piano. Lire la musique me donne une place particulière auprès des orchestres, et cela rassure les chefs. Avec les musiciens, je ressens une joie différente. Ils servent quelque chose de plus grand qu’eux, la musique elle-même. Cette exigence les rend humbles. Chez les acteurs, l’ego prend parfois trop de place. En musique, si l’on ne travaille pas, on disparaît.

photo de Ustina Dubitsky / Olger Talinski

Tristan Baille : Vous vous êtes beaucoup intéressé à Hoffmann.

Lambert Wilson : Hoffmann, c’est un punk du XIXᵉ siècle. On le réduit souvent à l’opéra d’Offenbach, mais il a ouvert la porte du fantastique moderne. Il part du quotidien pour le faire basculer dans l’étrange. Et comme il était musicien, il parle de la création de l’intérieur. Travailler ses textes avec un orchestre, c’est unir deux mondes qui ne devraient jamais être séparés.

Tristan Baille : Le XIXᵉ siècle semble être votre refuge.

Lambert Wilson : Oui. Musset, Hugo, Baudelaire m’accompagnent depuis l’adolescence. J’ai grandi à la campagne, la nature fait partie de moi, et cette littérature en est traversée. J’aime la rigueur du vers comme on aime une partition : il faut du souffle pour la traverser, une émotion presque musicale.

Tristan Baille : Comment trouvez-vous l’équilibre entre rigueur et lâcher-prise ?

photo de Jean Frédétic / Carole Bellaiche

Lambert Wilson : Je viens d’une culture où l’exigence côtoie le divertissement. Je peux chanter Schubert un soir et enfiler des paillettes le lendemain pour un cabaret. Aujourd’hui, je me sens plus vivant sur scène qu’au cinéma : concerts autour d’un compositeur, hommages à la chanson française, lectures avec orchestre… Mon carnet de bal est plein et je m’en réjouis. La musique, finalement, est restée mon port d’attache. Un lieu où l’on dépose les armes de l’ego, où la voix cherche simplement à rejoindre quelque chose de plus vaste. Comme si, derrière chaque note, s’ouvrait une clairière invisible. On y entre sans bruit, on y laisse un peu de soi, et l’on en ressort plus léger, presque réconcilié avec le monde.

Tristan Baille : Merci pour cet échange.

Lambert Wilson : Merci à vous.

photo de Lambert Wilson / Igor Shabalin

« Hoffmann et ses doubles ». Le 29 janvier prochain, au Théâtre du Châtelet, Lambert Wilson retrouvera la scène comme récitant, entouré de musiciens, dans un programme consacré à Hoffmann. Cette date apparaît comme un point de rencontre naturel dans un parcours où le théâtre, le cinéma et la musique n’ont jamais cessé de dialoguer. Depuis l’enfance bercée par le jazz familial jusqu’aux grandes salles européennes, Lambert Wilson a tracé une route singulière, refusant de choisir entre les disciplines, préférant les faire résonner l’une avec l’autre. Sa carrière ressemble à un long mouvement, fait de détours assumés : acteur populaire mais toujours curieux des marges, chanteur discret mais fidèle, passeur de textes autant que de mélodies. Il parle de la scène comme d’un lieu plus vivant que tout autre, où l’ego s’efface devant quelque chose de plus vaste. C’est sans doute cette fidélité à une exigence intime qui donne à son parcours une cohérence rare. À le voir aujourd’hui naviguer entre concerts, lectures musicales et projets de cinéma, on mesure combien il a su inventer sa propre manière d’être artiste, loin des cases habituelles. Sa voix, qu’elle dise un poème ou qu’elle chante, continue de chercher cet endroit fragile où l’émotion devient partage. Et l’on se dit que, derrière l’acteur que tous connaissent, demeure surtout un homme attentif aux résonances secrètes du monde, avançant, spectacle après spectacle, comme on suit un chemin de musique.

photo de Jean Frédétic / Carole Bellaiche

LE PROGRAMME : « HOFFMANN ET SES DOUBLES »
Symphonie en mi bémol majeur (MOZART)
Don Giovanni, ouverture (SCHUMANN)
Kreisleriana, op. 16, extraits
Introduction et Allegro appassionato
JÖRG WIDMANN
« Es war einmal », extrait de Es war Einmal.
Fünf Stücke in Märchenton pour clarinette, alto et piano
DILLON
Dix Contes fantastiques de Hoffmann, extrait
GLUCK
« Danse des esprits » et « Danse des furies », extraits d’Orphée et Eurydice
LES ARTISTES
    Ustina Dubitsky direction
    Jean-Frédéric Neuburger piano
    Lambert Wilson récitant
    Florent Pujuila clarinette
    Jossalyn Jensen alto
    Orchestre de chambre de Paris

photo de couverture OCP / Mathias Depardon

Interview Ester Pantano

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J’aime profondément ces trois formes d’expression, justement parce qu’elles ne demandent pas la même chose. Le théâtre, c’est la présence immédiate, le souffle, le risque partagé avec le public. La télévision entre dans le quotidien des gens, avec quelque chose de plus familier, de plus direct. Et le cinéma, lui, permet peut-être d’aller chercher une vérité plus intérieure, plus silencieuse parfois. Je n’ai pas vraiment de préférence, parce que chacune de ces expériences m’apprend une manière différente d’habiter un personnage. Ce qui compte pour moi, au fond, c’est la possibilité de raconter des êtres qui portent une humanité, une vision, une émotion vraie.

Hendrick’s dévoile une nouvelle facette de son iconique gin avec Another Hendrick’s

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Dans l’univers très codifié du gin premium, certaines maisons parviennent encore à surprendre. C’est le cas de Hendrick’s Gin, qui signe aujourd’hui un nouveau chapitre de son histoire avec le lancement de Another Hendrick’s, sa première création permanente depuis près de dix ans.

Le 9Hotel Cesari

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Le 9Hotel Cesari, membre du groupe 9Hotel Collection est de ces adresses qui s’imposent d’abord par leur atmosphère. Avant même de penser à Rome, à ses places, à ses fontaines, à ses merveilles, on entre ici dans un univers à part, un lieu qui possède son identité propre, sa respiration, sa manière singulière d’accueillir. Tout, dès les premiers instants, donne le sentiment d’un hôtel qui ne cherche pas à en faire trop, mais qui sait très exactement ce qu’il est : une adresse élégante, chaleureuse, profondément agréable, où l’on comprend immédiatement que le séjour sera placé sous le signe du goût et du confort.

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À Paris, les hôtels qui racontent une véritable histoire deviennent rares. Niché dans le très vivant quartier Saint-Charles, dans le 15ᵉ arrondissement, le Quinzerie Hôtel incarne justement cette nouvelle génération d’adresses qui préfèrent l’authenticité à l’apparat, et l’art de vivre parisien à l’agitation touristique. Ouvert en 2022, cet hôtel de quartier revendique une élégance contemporaine et une atmosphère presque confidentielle, pensée pour celles et ceux qui aiment découvrir la capitale autrement.

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Le spectacle avance avec une pudeur rare, dans cet endroit fragile où la parole cherche moins à raconter qu’à survivre à ce qu’elle raconte. Il y a, dès les premiers instants, quelque chose de retenu, de presque tremblé, qui donne à cette proposition sa vibration particulière. Rien n’est forcé. Rien n’est appuyé. Tout semble naître d’une nécessité intime.