Interview Léa Lopez

Entrer à la Comédie-Française, c’est franchir un seuil où l’histoire du théâtre français semble veiller dans chaque couloir, dans chaque dorure, dans chaque souffle. Cet après midi là, alors que la lumière descend doucement sur les arcades du Palais Royal, je traverse les salons feutrés de l’institution avec la sensation très nette d’être observé : le buste de Molière, planté dans son éternelle vigilance, paraît me surveiller du coin de l’œil, comme pour s’assurer que je ne me laisse pas aller à la rêverie. C’est dans cette atmosphère à la fois solennelle et étrangement familière que je m’apprête à rencontrer Léa Lopez, qui brille actuellement dans L’École de danse de Goldoni, portée par une énergie sincère et une présence déjà affirmée.

Tristan Baille : D’où vient, Léa Lopez, cette passion pour la scène ?

Léa Lopez : C’est arrivé très, très tôt dans ma vie. Je suis née dans une famille d’artistes, donc je crois que cette passion est intrinsèque à ma personnalité et à mon environnement. Petite, je faisais des spectacles à mes parents : danse, théâtre, chant… même des cabanes à marionnettes. Ils m’emmenaient dans leurs cours, dans leurs mises en scène. J’ai grandi dans les coulisses, comme les enfants d’acteurs qu’on voit traîner ici. C’était mon quotidien. Ça laisse des « séquelles », mais des séquelles joyeuses ! Dans ce milieu, soit on rejette, soit on embrasse. Et moi, j’ai totalement embrassé.

Tristan Baille : Tu as intégré la troupe très jeune. Comment as tu vécu le passage d’une formation artistique, avec son exigence, à un plateau aussi exigeant que la Comédie-Française ?

Léa Lopez : L’exigence de la danse a beaucoup joué. J’étais en horaires aménagés au collège lycée, et la danse, on sait à quel point c’est rigoureux. Ça m’a façonnée. Juste avant de rejoindre la Comédie-Française, j’ai joué « Comme il vous plaira » à La Pépinière pendant six mois, six représentations par semaine, sans pause. C’est là qu’Éric Ruf m’a repérée. On a fait 125 représentations. Un véritable marathon. Et…Tu traverses toutes les étapes : c’est génial, c’est moins génial, tu doutes, tu te remets en question, puis tu trouves un nouveau moteur. On jouait malade, triste, amoureux, heureux… On vivait tout. Et c’était déjà une petite troupe de neuf, très soudée, comme une famille. On avait même créé un cabaret dans les EHPAD pendant le confinement. Ce fonctionnement en troupe m’a beaucoup préparée à ici.

Tristan Baille : Ce rôle est complexe…une énergie folle, de la danse, un souffle de liberté énorme. Est ce que cela a été difficile ?

Léa Lopez : J’appréhendais beaucoup. J’ai fait plus de dix ans de danse, c’était un lien fort… mais j’ai laissé la danse de côté quand je me suis tournée vers le théâtre. Les mots me manquaient, j’avais besoin de m’exprimer autrement. Revenir à la danse, ça me faisait peur : comme renouer avec quelque chose quittée dans le passé. Mais Murielle, la chorégraphe, nous a accompagnés avec douceur. On avançait, étape par étape, pour ne pas brusquer le corps. Et finalement, cela s’est fait naturellement. Ça a été un cadeau : renouer avec la danse par mon métier d’actrice. Une boucle bouclée, sans la pression d’être danseuse de métier. J’ai continué la souplesse, le yoga, j’adore le travail du corps. Donc tout cela est revenu assez vite. Oui, c’était un challenge. Et au final, un très joli chemin.

Tristan Baille : J’admire la façon dont tu passes d’un registre à l’autre. Ce n’est pas évident. J’imagine que tu travailles d’autres projets en parallèle : ça doit être incroyable, et parfois déstabilisant, non ?

Léa Lopez : C’est justement la richesse de la Comédie-Française. En journée, je répète « Bestioles », un texte ultramoderne où je joue une ado insolente pleine d’hormones. Le soir, je joue ce rôle ci, très différent… mais avec un point commun : deux femmes qui se battent pour leur liberté. Changer de langage, de corps, d’époque, c’est passionnant. Les rôles se nourrissent entre eux. Et sociologiquement, traverser les époques pour raconter l’adolescence, la jeunesse… c’est fascinant. On ne s’ennuie jamais ici.

Tristan Baille : La mise en scène de Clement Hervieu Léger crée un univers pictural très fort. Est ce que cela a changé ta manière d’habiter l’espace ? Toi qui viens de la danse, est ce que cela t’a ouvert de nouvelles perspectives ?

Léa Lopez : Oui, clairement. On a travaillé dans le décor très tôt : dès la deuxième semaine de répétitions, ce qui est rare. On a donc passé plus d’un mois et demi dedans. On était chez nous. Les costumes, combinés au décor, donnaient l’impression d’être dans un tableau. Et Murielle nous a appris des postures naturelles, proches de celles d’aujourd’hui. Pas forcément « gracieuses » comme en danse, mais vivantes. Grâce à la danse, je me sentais libre sur scène : libre de bouger, d’allonger la jambe, de me déplacer autrement. Je crois que ça a débloqué quelque chose pour moi sur ce plateau. Je me sens encore plus chez moi à Richelieu.

Tristan Baille : Dans la pièce, on parle beaucoup d’ambition, d’exigence et de fragilité. Est ce que ce sont des thèmes qui résonnent avec ton expérience de jeune artiste ?

Léa Lopez : Tellement. L’ambition de suivre mes rêves…L’exigence, héritée de la danse, qui peut être violente si on ne l’adoucit pas. Et la fragilité : accepter sa vulnérabilité enrichit les rôles, mais c’est le plus dur. Ce personnage me touche beaucoup parce qu’il contient cette dualité : la rigueur, la liberté, le désir, l’indépendance face au carcan familial. À 26 ans, c’est un thème qui m’émeut profondément.

Tristan Baille : Quel conseil donnerais tu à une jeune comédienne et danseuse qui rêve de monter un jour sur un plateau comme Richelieu ?

Léa Lopez : Que tout est possible. Vraiment. Il faut travailler, bien sûr, mais il faut aussi rencontrer les gens. Suivre son instinct. Il n’y a pas une seule voie artistique ni de hiérarchie entre les chemins. L’important, c’est de trouver l’endroit où l’on s’épanouit. 

Tristan Baille : Merci Léa Lopez !

Léa Lopez : Merci à toi. Vraiment.

Un immense merci à Vanessa Fresney, responsable des relations presse de la Comédie-Française, pour son accueil chaleureux et son accompagnement attentif, qui ont rendu cette rencontre possible.

Traduction : Françoise Decroisette
Mise en scène : Clément Hervieu-Léger
Avec Éric Génovèse, Florence Viala, Denis Podalydès, Clotilde de Bayser, Loïc Corbery, Stéphane Varupenne, Noam Morgensztern, Claire de La Rüe du Can, Pauline Clément, Jean Chevalier, Marie Oppert, Adrien Simion, Léa Lopez, Charlie Fabert, Diego Andres, Lila Pelissier, Alessandro Sanna, Philippe Cavagnat
Scénographie : Eric Ruf assisté d’Anaïs Levieil
Costumes : Julie Scobeltzine assistée de Kali Thommes
Lumière : Bertrand Couderc assisté d’ Enzo Cescatti
Son : Jean-Luc Ristord
Collaboration artistique et chorégraphique : Muriel Zusperreguy
Collaboration artistique : Frédérique Plain
Réalisation du décor et des costumes : Ateliers de la Comédie-Française

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