Quelque part entre Victor Hugo et le Trocadéro, avenue Raymond Poincaré, une nouvelle adresse vient de s’installer dans le XVIᵉ. Son nom d’abord, avant même de pousser la porte : Rosie Jolie. Deux mots qui sonnent juste, légers, avec ce petit quelque chose de rétro et d’insouciant qui donne déjà envie. Une promesse, presque.
Rosie Jolie est la troisième table imaginée par Juliette Cerdan et Kevin Caradeuc, les fondateurs du groupe Brasseries à la Mode, lancé en 2019. Après le Rosie dans le 11ᵉ et le Rosie Lou dans le 2ᵉ, le duo, passé par l’école Big Mamma, pose ses valises dans 750 m² de brasserie pensés de A à Z comme un voyage. Leur obsession depuis le début : réenchanter la brasserie parisienne, lui redonner du souffle, de l’envie, de la personnalité.



Ici, ils ont choisi de faire le trajet Paris-Nice. Et cette idée, en apparence simple, devient dès l’entrée une évidence. Le décor est une déclaration d’amour au Sud, aux couleurs franches, aux matières solaires. Banquettes larges, céramiques chinées, murs habillés de fresques siciliennes, lumières dorées. On pense à la Croisette, à une terrasse de l’arrière-pays, à ces maisons de famille qu’on retrouve chaque été avec le même bonheur. Le bar central bat au rythme de la salle, les alcôves invitent à s’attarder et le patio, glissé au détour d’un couloir, offre ce sentiment rare de parenthèse urbaine, de farniente volé en plein Paris.



La carte joue le même jeu, sans chichi. Paris et Nice à table, côte à côte, chacune dans son registre mais toujours complices. Du côté des classiques de brasserie, tout ce qu’on aime retrouver est là : tartare, croque-madame truffé, côte de bœuf et frites double cuisson, mousse au chocolat à partager… Mais c’est la cuisine niçoise qui crée la vraie surprise, et peut-être le vrai coup de cœur. Pissaladière tendre à l’oignon et à l’anchois, fritto misto craquant, sardinettes aux blettes, linguine au pistou, aubergine frite qui risque fort de devenir le plat signature de la maison, épaule d’agneau rôtie aux herbes pour deux, tourte aux blettes en guise de dessert. Des recettes sincères, pas recherchées, étonnamment modernes simplement parce qu’elles ne font pas semblant.



C’est ça, au fond, le pari de Rosie Jolie : une brasserie qui assume pleinement ce qu’elle est, qui ne se prend pas au sérieux tout en faisant les choses sérieusement. Deux ans de travaux, de sourcing minutieux, de petits détails pensés pour que ça tienne dans la durée. Le résultat, on l’espère pour elle, est à la hauteur de l’envie.
Et pour ne pas que la soirée s’arrête trop tôt, bonne nouvelle : le groupe a ouvert juste au-dessus le Bigoudi, son rooftop perché sur les hauteurs du XVIᵉ, avec vue imprenable sur la Tour Eiffel et les toits de Paris. On y monte pour ou après le dîner, pour un verre, ou deux. L’ambiance vire méditerranéenne, les cocktails sont à la hauteur du panorama et la ville s’étale devant soi comme une évidence. Une façon de finir la nuit comme on a commencé la soirée : le soleil dans les yeux, même à minuit.



Par Mallorie Loiseau
Brasserie Rosie Jolie,
38 avenue Raymond Poincaré,
75116 Paris



















