On croit connaître la Haute-Savoie, ses sommets mythiques, ses stations renommées, ses panoramas spectaculaires. Pourtant, il suffit de s’éloigner des itinéraires les plus fréquentés pour découvrir un territoire étonnamment vivant, où les villages développent leur identité, les bonnes tables célèbrent les produits du terroir et les expériences de pleine nature fusionnent avec un patrimoine remarquablement préservé. Une autre façon de vivre la montagne, plus confidentielle, plus sincère, qui révèle une Haute-Savoie bien différente de celle que l’on imagine.
Le Mont-Blanc attire tous les regards. Depuis plus de deux siècles, son sommet fascine les alpinistes du monde entier et symbolise à lui seul la montagne française. Pourtant, à quelques kilomètres de cette icône, une autre Haute-Savoie se dévoile, plus discrète et plus intime aussi. Une terre où l’on prend encore le temps de marcher, d’écouter ceux qui vivent la montagne au quotidien et de s’arrêter dans des villages qui n’ont jamais perdu leur âme.
Cette diversité est aujourd’hui au cœur de la stratégie portée par le Comité départemental du tourisme Haute-Savoie Mont-Blanc. Longtemps associée aux sports d’hiver, la destination affirme désormais sa volonté de séduire les visiteurs toute l’année. Nouvelles infrastructures culturelles, expériences de pleine nature, hébergements haut de gamme, événements sportifs internationaux, mobilité douce ou valorisation du patrimoine, la montagne se réinvente sans renoncer à ce qui fait son identité, et notre découverte débute loin des grandes stations.

Le Plateau des Glières, là où la montagne raconte l’Histoire.
Il règne sur le plateau des Glières une atmosphère difficile à décrire. Le silence y occupe une place presque aussi importante que les paysages. Quelques clarines résonnent au loin, un rapace dessine de larges cercles au-dessus des falaises, tandis que les prairies d’altitude ondulent sous le vent. À première vue, rien ne laisse penser que cet immense plateau fut l’un des hauts lieux de la Résistance française.
À plus de 1 400 mètres d’altitude, le plateau des Glières est aujourd’hui l’un des grands espaces naturels de Haute-Savoie. Les randonneurs viennent y chercher les grands panoramas ouverts sur les massifs des Bornes et des Aravis, les familles apprécient ses itinéraires accessibles et les amoureux de nature profitent d’une flore remarquable, particulièrement généreuse au début de l’été. Mais ici, chaque sentier raconte également une page d’histoire. En 1944, plusieurs centaines de maquisards s’y regroupèrent pour défendre ce territoire devenu symbole de liberté. Cette mémoire reste omniprésente et ne prend jamais le pas sur la beauté du site.
Accompagnés de Lucas Pagno, guide passionné du territoire, la randonnée prend une dimension particulière. Derrière une prairie fleurie se cache souvent une anecdote historique. Les troupeaux montent encore chaque été vers les estives, perpétuant une activité essentielle à l’équilibre des milieux montagnards.
À l’heure du déjeuner, une adresse s’impose presque naturellement : Chez Regina. Depuis sa terrasse, le regard embrasse les alpages qui s’étendent à perte de vue. Dans les assiettes, les recettes savoyardes revendiquent la même authenticité que les paysages alentour. Les beignets de pommes de terre, les fromages locaux, les charcuteries de montagne et les desserts maison rappellent que la gastronomie participe pleinement à l’identité du territoire.



Les Contamines-Montjoie, une montagne vivante en toute saison.
Quelques vallées plus loin, l’ambiance change sans perdre en authenticité. Logé au pied du massif du Mont-Blanc, le village des Contamines-Montjoie cultive depuis longtemps une relation privilégiée avec la montagne. Ici, les chalets anciens côtoient les fermes d’alpage, les torrents traversent le village et les sommets dépassent largement les 3 000 mètres.
Si la station est bien connue des amateurs de ski, elle révèle une personnalité différente dès l’arrivée des beaux jours. Les sentiers remplacent les pistes, les alpages retrouvent leurs troupeaux et les refuges accueillent randonneurs, trailers et familles venus profiter d’une nature particulièrement préservée.
La commune abrite l’un des plus précieux trésors naturels de Haute-Savoie : la Réserve naturelle nationale des Contamines-Montjoie. Créée en 1979, elle est aujourd’hui la plus haute réserve naturelle de France. Plus de 5 500 hectares y protègent une biodiversité exceptionnelle. Bouquetins, chamois, marmottes, gypaètes barbus et aigles royaux trouvent refuge dans ces paysages façonnés depuis des millénaires. Pour les marcheurs, c’est aussi un formidable terrain de découverte, ponctué de lacs d’altitude, de torrents et de panoramas qui semblent ne jamais finir.




L’été est également l’occasion de découvrir une discipline que l’on associe souvent aux Jeux olympiques d’hiver : le biathlon. Aux Contamines, le stade nordique se transforme dès la fonte des neiges. Carabine laser en main, chacun peut s’initier aux gestes des champions avant de mesurer combien il est difficile d’enchaîner effort physique et précision. Une activité ludique qui séduit aussi bien les sportifs que les familles et illustre parfaitement l’évolution des stations vers une offre quatre saisons.
Pour prolonger cette immersion, les Chalets Láska offrent une parenthèse particulièrement agréable. Imaginée par MGM, cette nouvelle résidence conjugue élégance contemporaine et inspiration savoyarde. Les façades mêlent pierre et vieux bois, les appartements s’ouvrent largement sur les montagnes et l’espace bien-être, avec piscine intérieure, spa et sauna, invite à récupérer après une journée passée dehors. L’ensemble réussit à trouver le juste équilibre entre confort haut de gamme et esprit chalet.
Le dîner confirme cette impression. À La Table d’Hôtes Savoie, impossible de dissocier la cuisine du territoire qui l’entoure. Les fromages d’alpage, les viandes locales et les spécialités savoyardes occupent naturellement le devant de la scène. Les producteurs du secteur sont régulièrement mis à l’honneur, soulignant que derrière chaque assiette se cachent des éleveurs, des affineurs et des artisans qui maintiennent des savoir-faire parfois centenaires. Cette valorisation du terroir fait d’ailleurs partie des grandes orientations portées aujourd’hui par la Haute-Savoie, où patrimoine naturel et patrimoine gastronomique avancent désormais main dans la main.


Le Mont-Blanc en ligne de mire depuis Saint-Gervais
À Saint-Gervais, le Mont-Blanc n’est absolument pas un simple décor, il fait partie du quotidien. Depuis les terrasses du village, il attire les regards, accompagne les promenades et rappelle sans cesse que l’on se trouve au pied du plus haut sommet d’Europe occidentale.
Pour s’en approcher, nul besoin d’enfiler des crampons. Il suffit de monter à bord du Tramway du Mont-Blanc. Depuis plus d’un siècle, ce train à crémaillère gravit lentement les pentes du massif. Mis en service en 1909, il demeure le plus haut de France. Les voyageurs prennent place dans les voitures avant de quitter progressivement les forêts pour gagner les alpages. Plus le train s’élève, plus le paysage s’ouvre. Les chalets disparaissent peu à peu derrière les épicéas, laissant place aux falaises, aux névés et aux glaciers qui se rapprochent à chaque virage.
L’arrivée au Nid d’Aigle marque toujours les esprits. À 2 372 mètres d’altitude, quelques minutes de marche suffisent pour rejoindre le refuge. Autour de nous, les cordées s’équipent avant de tenter l’ascension du Mont-Blanc. Casques, baudriers, crampons… Le spectacle est fascinant. Même sans ambition de gravir le sommet, on mesure ici toute la puissance de la haute montagne. Le silence n’est interrompu que par le vent et les conversations discrètes des alpinistes qui préparent leur départ.
Ce train historique est aujourd’hui bien plus qu’un moyen d’accéder à la montagne. Il incarne aussi la volonté du territoire de privilégier une mobilité plus respectueuse de ces espaces fragiles. Une vision largement partagée par les acteurs touristiques de la vallée, qui multiplient les initiatives pour concilier fréquentation, protection de l’environnement et découverte du patrimoine naturel.
Cette évolution se retrouve dans toute de la destination. L’été 2026 marque une nouvelle étape avec plusieurs projets majeurs, parmi lesquels la réouverture du musée du Mont-Blanc à Chamonix après une profonde transformation, l’ouverture de la Cité internationale du cinéma d’animation à Annecy ou encore la nouvelle salle de concert La Source Vive à Évian-les-Bains. La Haute-Savoie affirme ainsi son ambition de devenir une destination culturelle autant que sportive.


Passy, l’autre balcon du Mont-Blanc
À quelques kilomètres de Saint-Gervais, Passy offre une perspective totalement différente sur le massif. Ici, les immenses falaises des Fiz répondent aux neiges éternelles du Mont-Blanc. Le contraste est saisissant ! La commune multiplie aujourd’hui les initiatives pour diversifier son offre. L’ouverture de Mont-Blanc Padel, devenu le plus vaste complexe de padel du département, témoigne de cette volonté de proposer de nouvelles activités, alors que le Jardin des Cimes, récemment distingué par le label Jardin Remarquable, invite à découvrir autrement la biodiversité alpine.
Mais il existe un endroit que tous les habitants citent spontanément : le lac Vert.
Protégé depuis plus d’un siècle, ce petit lac forestier paraît presque irréel. Sa couleur change au fil de la journée. Tantôt vert émeraude, tantôt turquoise, il reflète les sapins qui l’entourent avec une précision étonnante lorsque le vent tombe. Les premiers promeneurs arrivent souvent dès l’aube. Les photographes attendent patiemment que la surface de l’eau redevienne parfaitement lisse. Il suffit alors d’un rayon de soleil pour que le paysage prenne des allures de tableau.
Contrairement à d’autres sites très fréquentés, le lac Vert conserve une atmosphère paisible. Les familles s’installent discrètement sur les berges, quelques pêcheurs patientent en silence, tandis que les randonneurs poursuivent leur chemin vers Plaine-Joux ou les sentiers des Fiz.
Pour la nuit, changement d’ambiance. Les Greniers du Mont-Blanc revisitent avec beaucoup d’élégance l’architecture traditionnelle savoyarde. Inspirés des anciens greniers où les familles conservaient autrefois leurs récoltes à l’abri de l’humidité et des rongeurs, ces hébergements indépendants offrent aujourd’hui tout le confort contemporain dans un cadre particulièrement soigné. Bois ancien, pierre locale, terrasses ouvertes sur les montagnes… chaque détail évoque les constructions d’autrefois sans céder au folklore.
Le dîner est servi sur place par le Traiteur de la Yaute, qui travaille essentiellement des produits régionaux. Ici encore, la cuisine raconte le territoire. Charcuteries artisanales, fromages affinés en vallée, légumes de saison et recettes savoyardes composent un repas simple, généreux, fidèle à l’identité culinaire de la Haute-Savoie.


Quand la montagne devient un terrain d’aventure
La vallée du Haut-Giffre possède quelque chose de plus sauvage. Les falaises semblent se refermer autour de la rivière, les forêts gagnent en densité et l’eau devient omniprésente.
Impossible de passer à côté de la cascade du Rouget. Haute de près de 90 mètres, elle est surnommée depuis longtemps « la Reine des Alpes ». L’expression n’a rien d’exagéré. Alimentée par la fonte des neiges, elle dévale la roche dans un grondement impressionnant que l’on entend bien avant de l’apercevoir. L’humidité rafraîchit immédiatement l’atmosphère, même au cœur de l’été.
Quelques minutes plus loin, Sixt-Fer-à-Cheval mérite largement que l’on prenne le temps de s’y arrêter. Souvent éclipsé par le spectaculaire cirque glaciaire qui porte son nom, ce village a pourtant conservé un patrimoine remarquable. Son abbaye, ses maisons anciennes et ses ruelles racontent plusieurs siècles d’histoire. Les explications de notre guide du patrimoine, David, donnent une profondeur supplémentaire à la visite, rappelant combien cette vallée fut longtemps un lieu de passage entre la France et la Suisse.
Dominé par les immenses falaises du cirque du Fer-à-Cheval, considéré comme l’un des grands sites naturels de Haute-Savoie, le village constitue aujourd’hui un point de départ privilégié pour découvrir l’un des paysages les plus impressionnants des Alpes françaises. Au printemps, jusqu’à une trentaine de cascades peuvent dévaler simultanément les falaises calcaires, offrant un spectacle dont on ne se lasse pas.
Après un déjeuner face aux montagnes au Chalet du Fer-à-Cheval, il est temps de changer complètement de rythme.
Casque ajusté, combinaison enfilée, pagaie en main, nous embarquons avec les équipes de Nunayak pour une descente du Giffre en rafting. Entre les rapides, les passages plus calmes permettent d’admirer la limpidité de la rivière et les falaises qui bordent son lit. Accessible aux débutants comme aux sportifs, cette activité offre une autre lecture de la vallée. Vue depuis l’eau, la montagne s’avère encore plus imposante !



Samoëns, l’élégance d’un village resté fidèle à lui-même
Certaines stations ont grandi très vite. Samoëns, elle, a pris son temps. Dès l’entrée du village, on remarque que quelque chose est différent : les constructions récentes se fondent dans le décor, les maisons de pierre paraissent avoir toujours été là et les commerces s’organisent autour d’une place qui continue de vivre toute l’année. On n’a pas l’impression d’être dans une station, mais dans un véritable village de montagne.
Cette identité, Samoëns la doit notamment aux Frahans, les célèbres tailleurs de pierre qui ont longtemps fait sa réputation bien au-delà de la vallée. Leur savoir-faire a façonné une grande partie du patrimoine local. Les fontaines, les linteaux sculptés, les murs en pierre calcaire ou encore les halles couvertes témoignent de cette histoire que Muriel, guide du patrimoine, raconte avec enthousiasme au fil des ruelles.
Au détour d’une placette apparaît le Gros Tilleul. Planté selon la tradition en 1438, il est devenu le véritable symbole de Samoëns. Depuis près de six siècles, il veille sur la vie du village, les marchés, les fêtes et les générations qui s’y succèdent. Peu d’arbres racontent aussi bien l’attachement d’une commune à son histoire.
Cette volonté de préserver son identité explique sans doute pourquoi Samoëns séduit autant. On vient pour les montagnes, mais on reste aussi pour cette douceur de vivre qui se dégage des ruelles fleuries, des terrasses animées et des petits commerces indépendants.


Pour y séjourner, l’Alexane Hôtel offre un contraste intéressant. Derrière son architecture inspirée des grands chalets alpins, l’établissement conçu par MGM privilégie le confort contemporain. Les appartements spacieux, les matériaux naturels, la piscine intérieure et le vaste espace bien-être répondent aux attentes d’une clientèle qui souhaite conjuguer activités de pleine nature et moments de détente.
En début de soirée, le propriétaire du Chalet-Hôtel Neige et Roc nous propose de le suivre. Quelques minutes de route suffisent pour quitter le village avant d’emprunter un petit chemin qui grimpe vers un refuge d’alpage dont il est propriétaire. Rien n’annonce ce qui nous attend… À l’intérieur, les tables en bois sont déjà dressées. Un accordéoniste entame les premières notes alors que les convives prennent place. Très vite, les conversations se mêlent aux chansons savoyardes avant de laisser place à une fondue généreuse, préparée avec les fromages de la vallée.
Ce qui rend cette soirée si particulière, ce n’est pas seulement le repas. C’est l’impression d’être invité chez quelqu’un plutôt que reçu dans un restaurant. Les anecdotes circulent, les rires aussi, on échange avec les autres convives, on parle montagne, saisons, métiers, souvenirs. Sans mise en scène, cette soirée résume finalement tout ce que la Haute-Savoie sait offrir de mieux : une hospitalité sincère.
Le lendemain, impossible de quitter Samoëns sans pousser les portes de l’un de ses trésors les plus discrets. Accroché à flanc de montagne, lejardin botanique alpin de la Jaÿsinia ne ressemble à aucun autre. Créé en 1906 par Marie-Louise Jaÿ, enfant de Samoëns devenue cofondatrice des grands magasins La Samaritaine, il rassemble aujourd’hui près de 2 500 espèces de plantes de montagne originaires des cinq continents. Cette année, le jardin célèbre ses 120 ans, un anniversaire qui souligne combien cette femme visionnaire a souhaité offrir à son village un lieu exceptionnel dédié à la connaissance et à la préservation de la flore alpine.
Aux côtés de Philippe You, responsable du jardin, la promenade prend une tout autre dimension. Derrière chaque massif se cache une histoire, une adaptation au climat, parfois même un voyage de plusieurs milliers de kilomètres. Ici, les plantes racontent autant les Alpes que l’Himalaya, les Rocheuses ou les Andes. Au fil des sentiers, cascades, rocailles et belvédères offrent autant de pauses face aux montagnes environnantes.


Cette visite résume finalement assez bien ce qui fait aujourd’hui la force de la Haute-Savoie. La destination ne cherche pas uniquement à impressionner par ses sommets, elle valorise aussi son patrimoine, ses jardins, ses villages, sa gastronomie, ses savoir-faire et celles et ceux qui les font vivre au quotidien. Cette ambition se retrouve dans les nombreuses nouveautés portées par le territoire.
Merci aux photographes :
©Xavier and Caroline
©Les Contamines Tourisme
©L’œil émerveillé – Basile Dunand
©StudioBergoend
Pour des informations sur la destination : https://hautesavoiemontblanc-tourisme.com/



















