Ces bars d’hôtel qui suspendent le temps

ORA, Tempora, Balzac, Le Charles… Quatre adresses, quatre façons de réapprendre à s’attarder le temps d’une soirée.

Des bars, oui, au sens technique du terme, mais surtout des états d’âme érigés en adresses. Quatre d’entre eux s’imposent cet été comme autant d’échappées belles où l’on arrive sans vraiment savoir pourquoi et d’où l’on repart avec l’intime conviction que quelque chose vient de changer, de façon imperceptible.

ORA, pop-up estival, Versailles Waldorf Astoria Trianon Palace

À quelques encablures du Château de Versailles, dans les jardins du Waldorf Astoria Trianon Palace, quelque chose de délicieusement anachronique est en train de se jouer. Sous les frondaisons, un bus vintage couleur nuit a pris ses quartiers d’été et déploie, le temps de la belle saison, l’univers solaire d’ORA, un pop-up né d’une rencontre entre l’hôtel et la liqueur française ST-GERMAIN.

L’idée est simple, presque évidente rétrospectivement : ramener à la vie les soirées lentes, celles qui s’étirent sans qu’on y prenne garde, portées par une musique live les vendredis et samedis, une partie de pétanque qui tourne, des transats qui s’inclinent dans l’herbe. La dolce vita méditerranéenne, réinterprétée à quelques pas du Grand Canal.

Côté verre, l’équipe du bar a imaginé deux cocktails signatures en collaboration avec ST-GERMAIN : un Spritz et une Mule revus à l’aune de la French Riviera, plus légers, plus parfumés, conçus pour accompagner exactement ce moment de fin d’après-midi où la lumière devient dorée et où l’on n’a plus vraiment envie de partir. Dans l’assiette, le Chef Eddie Benghanem signe une carte à partager, généreuse et instinctive : crevettes croustillantes et aïoli safrané, houmous aux légumes grillés, focaccias aux accents ibériques ou végétariens, glaces artisanales.

La musique live, les vendredis et samedis, transforme les jardins en quelque chose qui ressemble beaucoup à une fête. Ce qu’ORA réussit avec une apparente désinvolture, c’est de réconcilier deux mondes qu’on croyait inconciliables : le prestige d’un palace et la liberté d’un pique-nique entre amis. Le résultat est rare, et franchement séduisant.

Tempora, Bar du Grand Hôtel, Paris 9ᵉ InterContinental Paris Le Grand,

Face au Palais Garnier, dans la discrétion dorée de l’InterContinental Paris Le Grand, le Bar du Grand Hôtel vient de révéler une nouvelle carte qui tient à la fois du manifeste et du tour de passe-passe. Son nom, Tempora, emprunté au latin, évoque le temps qui façonne les choses, les rend plus pures, plus audacieuses. Ce que les mixologues de la maison ont construit ici mérite qu’on s’y arrête un instant.

Le principe est aussi malin qu’élégant : chaque cocktail de la carte trouve son exact reflet sans alcool, pensé avec la même rigueur, les mêmes ingrédients de caractère, la même ambition aromatique. La carte elle-même joue le jeu du miroir, et l’on retourne physiquement le menu pour passer d’un univers à l’autre. Un geste simple, presque malicieux, qui dit beaucoup sur la philosophie de la maison.

Les quatre créations sont chacune un portrait de saison. Le Bom Hwa déploie des accents asiatiques tout en douceur, associant soju à la pêche, lait de riz et thé glacé Kori Dashi à la fleur de cerisier. L’Hibiscal joue une partition plus sombre et fumée, autour d’un bissap maison et d’un Mezcal X relevé de sirop d’hibiscus. Le Rouge Printemps affiche une franchise fruitée et lumineuse, portée par le gin Monkey 47 et une liqueur de baie de goji maison. Quant au Red Velvet Old Fashioned, il propose la version la plus enveloppante de la série : un Woodford Reserve infusé aux fruits rouges, une clarification au yaourt, des notes de cerise et de chocolat, et une texture à faire perdre pied.

Mocktails à 18 euros, cocktails à 25. Ouvert tous les jours de midi à minuit. L’adresse se mérite, mais ce qu’elle offre, une sorte de luxe tranquille au cœur du Paris haussmannien, justifie pleinement le détour.

Le Bar Balzac, Paris 8e Hôtel Balzac

Certains bars ressemblent à un décor de cinéma et d’autres faits pour se confier. Celui de l’hôtel Balzac, rue du même nom à deux pas des Champs-Élysées, appartient à la seconde catégorie. Lumières tamisées, sons assourdis, une atmosphère qui tient à la fois du club anglais et du salon privé.

Ce que le Chef Barman Julien Quettier a construit ici, c’est un univers où chaque cocktail porte un nom tiré de l’œuvre de Balzac, où la carte voisine avec une sélection de vins, d’alcools rares, et quelques spécialités Petrossian pour qui souhaite pousser l’expérience jusqu’au bout. Caviar et cocktails, une combinaison qui, dans ce cadre précis, ne semble pas incongrue le moins du monde.

Avant d’atteindre le bar proprement dit, on traverse le salon, espace de vie ouvert à tous, avec sa majestueuse verrière, ses canapés profonds et sa certitude tranquille qu’ici, le temps ne presse pas vraiment. Une adresse pour ceux qui savent encore savourer une salade César grignotée entre deux réunions, ou un thé de 17 heures qui s’étire sans s’en excuser. Le bar reçoit de midi à minuit, avec la même aisance nonchalante que les maisons qui n’ont plus rien à prouver et le savent.

Le Charles, Paris 1er Hôtel Le Burgundy Paris

Certains bars s’inventent un univers et d’autres en héritent. Le Charles, au sein de l’hôtel Burgundy Paris, appartient résolument à la seconde catégorie, à ceci près qu’il a su faire de cet héritage quelque chose de vivant. Chaque détail du lieu rend hommage à Charles Baudelaire : une fresque monumentale au plafond inspirée des Fleurs du Mal, signée Marco Del Re, des velours profonds, du laiton doré, une lumière qui tient davantage de la bougie que du plafonnier. On entre dans ce bar comme on ouvre un recueil de poèmes : avec l’intuition que quelque chose de singulier va se passer.

Ce quelque chose, désormais, a un nom et un rendez-vous : Le Mercredi chez Charles. Chaque premier mercredi du mois, à partir de 19h, le bar se transforme en salon musical. Les artistes invités se succèdent dans un format intimiste, les conversations se mêlent aux notes, les verres tintent. Une parenthèse hors du temps, à deux pas de la Madeleine, qui réconcilie l’exigence d’un grand hôtel avec la chaleur d’une soirée entre amis.

La carte des cocktails joue le jeu du décor jusqu’au bout : chaque création porte un titre emprunté à l’univers baudelairien. Les Fleurs de Baudelaire associent gin infusé aux pétales de rose, champagne brut et grenade ; l’Absinthe d’Esprit convoque pamplemousse et gingembre ; le Vice Caché glisse de la Chartreuse verte, du piment rouge et du miel sous la vodka. Pour ceux qui préfèrent naviguer sans alcool, les « Elixirs sans vertige » offrent la même ambition aromatique, avec l’Ivresse sans remord ou le Partir Loin, rhum sans alcool, maracuja, ananas, lait de coco. Les tapas du Chef Mylo Levin complètent le tableau, fins et calibrés pour ne pas couvrir les conversations.

Le Mercredi chez Charles est une adresse qui s’adresse à ceux qui savent encore prendre le temps, voisins du 1er, amateurs de musique live, voyageurs en quête d’un Paris moins couru. Réservation conseillée.

Äkta à Genève, le bistrot qui façonne aussi ses assiettes

Äkta à Genève, le bistrot qui façonne aussi ses assiettes

À Plainpalais, Lisa Otterström et Grégoire Lieutet ont ouvert une adresse à leur image, libre, chaleureuse et profondément attachée au “fait maison”. Du pain au levain à la céramique, leur goût pour l’artisanat donne une personnalité singulière à cette table où l’on vient autant pour manger que pour se retrouver.

SACRÉE – MARGAUX

SACRÉE – MARGAUX

Margaux est messagère de l’invisible. Elle canalise les messages de vos guides, vos proches disparus, vos animaux, ou simplement ce qui cherche à se présenter à vous à ce moment précis de votre vie. Elle est le pont, entre ce que vous vivez et ce que vous ne savez pas encore entendre.

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

At the San Sebastián International Film Festival, I met filmmaker Marlène Emilie Lyngstad at the Hotel María Cristina to discuss « Cute », her debut feature. Exploring transgressive desires and a relationship that resists straightforward moral categorisation, the film deliberately places the viewer in an uncomfortable position : it asks audiences neither to endorse its characters’ behaviour nor to condemn them outright, but to take the time to examine what lies behind their impulses, their loneliness and their need to be loved.

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

I feel a sense of gentleness mingled with something far more painful, as though Fatih Akin had wanted to rediscover, beneath all the violence, all the wounds and all the shadowy places his cinema has so often explored, a more unguarded, almost purer form of feeling, something that still belongs to that age when we can love before we have learned to protect ourselves, when we believe everything is beginning at the very moment life may brutally decide that everything must stop.

Faris and Farasha are twenty when they meet, a single glance is enough, then Farasha dies that very night, yet their story does not end there, because she manages to reach Faris in his dreams for forty nights, and I love this idea deeply because it turns the supernatural into something profoundly intimate: not the spectacular wish to bring back the dead, but the much simpler, far more universal longing for a little more time with someone we have just lost.

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Tristan Baille : In « Body of Glass », artistic creation is at times connected with violence, destruction and human contradictions. Was this something that was already on your mind when you were writing the film ?

Naemi Ada : Yes, I thought about it a lot while writing, about the way art can sometimes emerge from violence, destruction or contradiction. We are human beings, and we are made up of very different things, sometimes even opposing things. Nothing is completely pure or perfectly coherent. There can be something strange in the way we live, communicate and behave towards one another, and art is also part of that complexity. For me, making a film is perhaps a way of entering into those contradictions rather than trying to resolve them.

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

C’est une belle découverte pour moi. Au 28, place des Vosges, sous les arcades de l’une des places les plus emblématiques de Paris, je découvre à la Jakobson Gallery un écrin qui semble avoir été imaginé pour les sculptures de Valérie Hadida. Entre la géométrie souveraine de la pierre, la lumière changeante des galeries couvertes et les silhouettes de l’artiste, une évidence s’impose presque immédiatement. Je n’ai pas l’impression de voir des œuvres simplement exposées : elles semblent avoir trouvé une demeure.

PALO SANTO – IBIZA

PALO SANTO – IBIZA

Il y a des endroits qui portent en eux quelque chose d’indéfinissable. Une énergie, une âme. Las Dalias, à San Carlos, est de ceux-là. Ce qui a commencé en 1954 comme une simple bodega de village est devenu au fil des décennies l’un des lieux les plus mythiques d’Ibiza. Le marché hippie du week-end, connu dans le monde entier, attire créateurs, voyageurs et insulaires depuis des générations. En semaine, le marché nocturne prend le relais, avec ses cent stands de mode, bijoux et artisanat baignés de lumières féeriques et de musique envoûtante. Et chaque mercredi soir, c’est le célébrissime Namaste, qui s’empare du jardin dès 19h, avant de migrer vers le club Akasha pour prolonger la nuit. Une célébration qui rassemble depuis plus de 25 ans autour de la danse, de la musique, de l’amour et de la paix. Ici, tous les âges, tous les styles, toutes les tribus se croisent et se mélangent. C’est ça, Las Dalias. Un lieu de vie à part entière, ouvert, coloré, libre. Exactement l’endroit où l’on s’attend à trouver un restaurant comme Palo Santo.

Matsuri Genève, le sushi bar culte prend l’accent Suisse

Matsuri Genève, le sushi bar culte prend l’accent Suisse

Matsuri a choisi les Eaux-Vives pour poser ses premières assiettes en Suisse. Une arrivée qui marque un nouveau chapitre pour cette enseigne née à Paris en 1986, connue pour son kaïten, ce tapis roulant autour duquel s’organise le repas. À Genève, le concept a été entièrement repensé avec Pesca Rouge, poissonnerie et table carougeoise fondée par Anaïs et David Comerro, qui apporte au projet son expertise du produit et son ancrage local.