SenS. 1er festival parisien du Seul.e en Scène (merci à Delphine Depardieu, marraine de cette 2eme édition)
Hier soir, aux Gémeaux Parisiens, dans le cadre du Festival SenS, j’ai vu « Rosy et moi, 274 jours », écrit et interprété par Élodie Menant, et je suis ressorti avec cette sensation d’avoir assisté à un spectacle, à une traversée intime, drôle, remuante, lumineuse, qui commence avec Valentine, 21 ans, et cette jeunesse qui croit encore que le monde est un terrain immense à conquérir, jusqu’au moment où le corps, brutalement, impose sa propre vérité. Face à la maladie, face à la peur, face à ce vertige qui pourrait tout figer, elle choisit le mouvement. Elle part. 274 jours. Avec Rosy. Et peu à peu, ce voyage devient beaucoup plus qu’un déplacement : une manière de se retrouver, de se réconcilier avec ce qui fait mal, de réapprendre à habiter son propre corps. Mais ce qui rend ce spectacle si fort, c’est évidemment Élodie Menant, impressionnante, qui ne raconte pas seulement une histoire : elle la fait circuler dans tout son corps, dans sa voix, dans ses silences, dans ses élans, dans ses ruptures. Quel tour de force. Seule sur scène, elle fait surgir Valentine, sa famille, les rencontres, les voix croisées sur la route, les ombres, les souvenirs, les drôleries, les failles. Les personnages apparaissent sans effet appuyé, sans grimace, sans mécanique visible. Un changement de rythme, une posture, une inflexion, un regard, et tout à coup quelqu’un d’autre existe. C’est fluide, vif, avec l’humour, l’énergie, l’autodérision, le désordre, la tendresse. Et c’est précisément parce que le spectacle respire autant que les moments bouleversants nous atteignent avec une telle puissance. Voilà la peur et le rire, la fragilité et la fougue, la colère et l’apaisement, l’urgence de vivre et la nécessité de ralentir, voilà une jeune femme qui continue d’être vivante, traversée par mille contradictions, par des désirs, par des doutes, par une énergie presque insolente. Et puis il y a la mise en scène d’Éric Bu, qui accompagne Élodie Menant sans jamais l’enfermer. C’est une direction précise, attentive, sensible. On est emporté par le rythme, par les ruptures, par cette manière de passer du comique au vertige en une fraction de seconde.



C’est sans doute ce qui m’a le plus touché : « Rosy et moi, 274 jours » n’est pas un spectacle qui demande au public de s’attrister. C’est un spectacle qui invite à regarder la vie en face. Avec ses secousses, ses imprévus, ses injustices, mais aussi avec ses rencontres, ses surprises, ses beautés inattendues. Il y a là une énergie de réparation, quelque chose qui ne nie pas la douleur mais refuse de lui abandonner toute la place.
« Rosy et moi – 274 jours » est un spectacle qui parle de ce qui vacille, mais aussi de ce qui résiste. Une interprétation magnifique. Une mise en scène à la fois délicate et vibrante. Et, au bout du compte, une invitation bouleversante à ne pas remettre la vie à plus tard.



2, 3, 10, 28 mai et 3 Juin au Gémeaux parisiens puis en Avignon du 4 au 25 juillet !



















