Interview Elie Wajeman

Tristan Baille : Bonjour Mr Wajeman. Avec le film « La comète », on a l’impression d’assister à un espace de rendez vous manqués, de révélations, de collisions intimes entre les personnages. J’avais déjà ressenti cela dans certains de vos films précédents, notamment avec Adèle Exarchopoulos. Est ce que ce sont ces affrontements, ces rencontres ratées qui vous intéressent particulièrement ?

Elie Wajeman : Bonjour. Oui, tout à fait. C’était même l’un des désirs du film, et je crois que cela se voit assez vite. Dès qu’on voit une troupe de théâtre côtoyer une dealeuse de drogue ou un tueur à gages, on comprend que le principe du film repose sur ces collisions. Ce sont des mondes très différents qui se croisent, parfois de manière violente, parfois de manière plus drôle ou inattendue.

Tristan Baille : Certaines répliques sont très fortes. Par instants, cela m’a même fait penser au théâtre, dans l’écriture et dans la manière dont les situations se répondent.

Elie Wajeman : Oui, il y a quelque chose de théâtral, évidemment, notamment parce qu’il y a une troupe de théâtre dans le film. Mais je crois que cela tient aussi à la manière dont les personnages se croisent, se répondent, se ratent parfois. Le film fonctionne presque comme une série de tableaux.

Tristan Baille : Une comète, c’est un astre qui dévie de sa trajectoire, quelque chose qu’on ne contrôle pas vraiment. J’ai eu l’impression que vos personnages étaient traversés par cela : ils avancent, mais quelque chose les dévie, les emporte ailleurs.

Elie Wajeman : Je savais très tôt que le film allait porter ce titre. Le titre est presque venu avant tout le reste. Je savais aussi que, dans certains tableaux, notamment dans la peinture ancienne, il y avait des comètes. J’avais envie que le film soit placé sous un ciel un peu cosmique. Il y a des histoires d’amitié, d’amour, de maladie, de retrouvailles entre un père et sa fille, mais je voulais que l’astre dans le ciel donne à tout cela une dimension presque mythologique.

Tristan Baille : La structure du film semble très complexe, avec toutes ces histoires qui se croisent. Est-ce que cela a été difficile à organiser, notamment au tournage et dans la direction des acteurs ?

Elie Wajeman : Pour la direction d’acteurs, pas tellement, parce que nous avons tourné chaque histoire dans la continuité. En revanche, au montage, cela a été beaucoup plus complexe. C’était un vrai casse-tête, mais un casse-tête voulu. Je savais que ce serait difficile. Avec la monteuse, Elie Kenen, nous avons beaucoup travaillé pour réussir à faire exister toutes ces générations de personnages. C’est un film sur Paris, sur un moment précis, une sorte d’instantané d’un questionnement existentiel dans la ville.

Tristan Baille : Dans le film, il y a des retrouvailles familiales, des moments de bascule. On a l’impression que vous filmez les personnages au moment où quelque chose les traverse : une colère, une émotion, une réaction très forte. La caméra s’approche beaucoup d’eux, avec une forme de vérité, quelque chose de brut. J’ai même eu parfois le sentiment qu’il y avait une part d’improvisation. Est-ce que les acteurs avaient cette liberté-là ?

Elie Wajeman : Le travail avec les acteurs était très précis. Ce n’est pas improvisé, mais je laisse parfois des espaces de liberté pour que ce soit le plus vivant possible. Les acteurs doivent aussi pouvoir être des inventeurs de formes. Je leur laisse la possibilité de créer à l’intérieur du cadre. Il y a donc des moments très proches du texte, et d’autres où je prends un peu de recul pour laisser naître quelque chose.

Tristan Baille : C’est un travail très intense. Est-ce que c’est difficile, quand un film se termine, de quitter cette aventure ? Après le tournage, il faut montrer le film au public, passer à une autre étape. Comment vivez-vous ce moment-là ?

Elie Wajeman : Un tournage est tellement intense, tellement chargé en concentration et en tension, que lorsque c’est fini, cela peut aussi être un soulagement. On a parfois l’impression d’avoir été roulé dessus par des camions énormes. Même si je peux prendre beaucoup de plaisir sur un tournage, cela demande une énergie considérable. Généralement, je donne tout, je peux être très heureux en tournage, mais quand cela se termine, je suis aussi assez content que ce soit fini.

Tristan Baille : Depuis que je suis arrivé, j’ai rencontré plusieurs réalisateurs, et chacun a un rapport très différent à la musique. Pour vous, est-ce que la musique arrive après le scénario ? Est-ce que vous l’entendez déjà avant le tournage ? Est-ce que vous avez une idée précise du style musical dès le départ ?

Elie Wajeman : Sur « Comète », je pensais qu’il y avait une forme de classicisme à trouver, mais je n’avais pas encore complètement trouvé la musique avant le tournage. Je savais en revanche que j’allais proposer le film à un ami, Florent Hubert, qui est un spécialiste de la musique baroque. C’est un musicien qui travaille beaucoup pour le théâtre, et je me disais que sa manière de revisiter le baroque pouvait très bien correspondre à un film placé sous le signe d’une comète. J’avais cette idée d’une réinterprétation de thèmes baroques, mais aussi d’une forme de mini-opéra. Comme il y a beaucoup de personnages, le film devient une grande traversée, presque une partition. Il y a la partition musicale, mais il y a aussi la partition des jeux. Il y a tellement d’acteurs que chacun doit trouver sa note juste. C’est aussi un film sur les acteurs, pas seulement avec des acteurs. La troupe de théâtre donne évidemment cette dimension-là. Dans la direction d’acteurs, je suis aussi là pour aider chacun à trouver la note la plus juste possible, pour que cela swingue, que cela groove. C’est une stimulation très proche de la musique.

Tristan Baille : Merci pour cette rencontre.

Elie Wajeman : Merci à vous !

Interview de Stéphane Varupenne autour de « Ruy Blas », de Victor Hugo

Interview de Stéphane Varupenne autour de « Ruy Blas », de Victor Hugo

Stéphane Varupenne : Bonjour ! Il y a parfois des liens à travers les costumes de répétition. On retrouve des étiquettes portant les noms d’anciens comédiens, pas forcément ceux de la dernière production, d’ailleurs : cela vient du stock de la maison. Quand on enfile une veste ayant appartenu à un comédien qu’on n’a pas connu, c’est assez dingue. Il existe cette filiation par le costume.

Pour le spectacle, en revanche, de nouveaux costumes sont créés par les ateliers.

Quant à savoir si c’est grisant, oui ! Je trouve toujours plus grisant de jouer des pièces qui ne sont pas si souvent montées. Il y a moins de repères, et c’est aussi une liberté. Je n’avais pas vu le spectacle de Brigitte à l’époque, mais j’en ai regardé la captation. C’est intéressant de découvrir les différentes esthétiques selon les époques, les différentes façons de jouer.

Entretien de Tristan Baille avec Laurence Gray autour de Toutes les choses géniales

Entretien de Tristan Baille avec Laurence Gray autour de Toutes les choses géniales

Bonjour ! Qu’est-ce qui t’a donné envie de porter ce texte sur scène ? Et, en le travaillant, as-tu découvert des choses que tu n’avais pas perçues à la première lecture ?

Laurence Gray : Je suis une grande lectrice, mais je trouve parfois la lecture d’une pièce un peu aride. Le théâtre est fait pour être joué, pour être vu. Or, là, c’est l’une des rares fois où, dès la lecture, j’étais totalement avec le personnage. J’étais transportée, je passais du rire aux larmes. Je l’ai lu d’une traite et j’ai eu un immense coup de cœur.

Äkta à Genève, le bistrot qui façonne aussi ses assiettes

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À Plainpalais, Lisa Otterström et Grégoire Lieutet ont ouvert une adresse à leur image, libre, chaleureuse et profondément attachée au “fait maison”. Du pain au levain à la céramique, leur goût pour l’artisanat donne une personnalité singulière à cette table où l’on vient autant pour manger que pour se retrouver.

SACRÉE – MARGAUX

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Margaux est messagère de l’invisible. Elle canalise les messages de vos guides, vos proches disparus, vos animaux, ou simplement ce qui cherche à se présenter à vous à ce moment précis de votre vie. Elle est le pont, entre ce que vous vivez et ce que vous ne savez pas encore entendre.

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

At the San Sebastián International Film Festival, I met filmmaker Marlène Emilie Lyngstad at the Hotel María Cristina to discuss « Cute », her debut feature. Exploring transgressive desires and a relationship that resists straightforward moral categorisation, the film deliberately places the viewer in an uncomfortable position : it asks audiences neither to endorse its characters’ behaviour nor to condemn them outright, but to take the time to examine what lies behind their impulses, their loneliness and their need to be loved.

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

I feel a sense of gentleness mingled with something far more painful, as though Fatih Akin had wanted to rediscover, beneath all the violence, all the wounds and all the shadowy places his cinema has so often explored, a more unguarded, almost purer form of feeling, something that still belongs to that age when we can love before we have learned to protect ourselves, when we believe everything is beginning at the very moment life may brutally decide that everything must stop.

Faris and Farasha are twenty when they meet, a single glance is enough, then Farasha dies that very night, yet their story does not end there, because she manages to reach Faris in his dreams for forty nights, and I love this idea deeply because it turns the supernatural into something profoundly intimate: not the spectacular wish to bring back the dead, but the much simpler, far more universal longing for a little more time with someone we have just lost.

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Tristan Baille : In « Body of Glass », artistic creation is at times connected with violence, destruction and human contradictions. Was this something that was already on your mind when you were writing the film ?

Naemi Ada : Yes, I thought about it a lot while writing, about the way art can sometimes emerge from violence, destruction or contradiction. We are human beings, and we are made up of very different things, sometimes even opposing things. Nothing is completely pure or perfectly coherent. There can be something strange in the way we live, communicate and behave towards one another, and art is also part of that complexity. For me, making a film is perhaps a way of entering into those contradictions rather than trying to resolve them.

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

C’est une belle découverte pour moi. Au 28, place des Vosges, sous les arcades de l’une des places les plus emblématiques de Paris, je découvre à la Jakobson Gallery un écrin qui semble avoir été imaginé pour les sculptures de Valérie Hadida. Entre la géométrie souveraine de la pierre, la lumière changeante des galeries couvertes et les silhouettes de l’artiste, une évidence s’impose presque immédiatement. Je n’ai pas l’impression de voir des œuvres simplement exposées : elles semblent avoir trouvé une demeure.