« Choses vues et chantées », entre mots et musique

Il est rare qu’un spectacle parvienne à faire entendre Victor Hugo avec autant de justesse, de ferveur et de modernité.

« Choses vues et chantées », créé par Christophe Barbier et enrichi en 2022, offre une immersion dans la pensée foisonnante du poète, un voyage au cœur de son siècle et du nôtre.

Choses vues et chantées d’après l’oeuvre de Victor Hugo, filage Théâtre de Poche-Montparnasse Adaptation de Christophe BARBIER avec Pauline COURTIN, Vadim SHER et Christophe BARBIER

De l’adolescence à l’ultime souffle, Hugo a scruté son temps avec une intensité inégalée. Observateur des rues, chroniqueur politique, humaniste visionnaire, il consigne tout dans ses carnets : une anecdote, un aphorisme, une scène populaire ou un drame historique. Ces fragments, rassemblés après sa mort sous le titre « Choses vues », composent un autoportrait unique, à la fois intime et universel. Le spectacle les fait résonner avec une puissance singulière : celle de l’actualité. Car à cent quarante ans de distance, ses mots semblent écrits pour aujourd’hui, tant ils éclairent nos luttes, nos colères et nos espoirs.

Trois interprètes, trois énergies, une alchimie. Christophe Barbier, en diseur passionné, prête à Hugo une voix vibrante et claire, capable d’embrasser la gravité comme la légèreté. Pauline Courtin, soprano lumineuse, prolonge l’élan poétique en musique : les vers mis en mélodie par Bizet, Liszt ou Fauré s’élèvent avec grâce et émotion. Vadim Sher, au piano, accompagne et relance, colorant chaque mot, chaque souffle d’une intensité nouvelle. La parole, le chant et la musique se répondent, se croisent, se complètent, offrant un écrin sensible aux éclats de la pensée hugolienne.

Hugo apparaît dans toute sa complexité : poète, militant, rêveur, chroniqueur, prophète parfois. Son regard sur la société du XIXe siècle, ses combats pour la justice, contre la peine de mort, pour une Europe pacifique et fraternelle, trouvent ici une traduction scénique d’une étonnante modernité. Mais le spectacle ne néglige pas l’intime : les songes, les doutes, les visions oniriques, les brumes où l’homme se cherche autant qu’il cherche son temps. Comme les lavis que Hugo dessinait, « Choses vues et chantées » joue des ombres et des lumières, des élans et des silences, des passions et des fragilités.

En sortant de la salle, une impression domine : Hugo n’est pas une statue figée au Panthéon. Il est là, parmi nous, témoin et acteur. Sa voix se mêle à la nôtre, rappelant que la poésie peut éclairer la politique, que la musique peut porter les combats, et que l’art reste une arme douce et puissante contre la dureté des temps.

Avec « Choses vues et chantées », Christophe Barbier, Pauline Courtin et Vadim Sher réussissent un pari rare : redonner à Hugo son éclat vivant, sa vigueur indocile, son humanité brûlante. Plus qu’un spectacle, une rencontre.

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