Un simple banc, au Théâtre de la Renaissance, devient le cœur battant d’une histoire : deux inconnus s’y croisent, s’y redécouvrent, s’y inventent. Avec « Un pas de côté », Anne Giafferi signe une comédie subtile qui transforme une rencontre ordinaire en exploration vertigineuse de nos désirs étouffés.
Giafferi ne cherche ni les éclats ni les slogans : elle travaille dans l’art du frémissement. Ses dialogues ne tonnent pas, ils respirent. Sa mise en scène repose sur une précision d’orfèvre, où chaque silence, chaque lumière, devient une ponctuation essentielle. On sort avec la sensation étrange d’avoir entendu nos propres doutes, mais formulés avec une élégance qu’on n’aurait jamais su trouver soi même.


Isabelle Carré promène un personnage à la grâce nerveuse : derrière son sourire lumineux perce une fragilité à fleur de peau. En face, Bernard Campan incarne la retenue de son personnage, le faux calme qui abrite une tempête. Ensemble, ils composent un couple de scène qui capte le silence autant que la parole. À leurs côtés, Hélène Babu campe une épouse vive et terrienne, Stanislas Stanic prête à son personnage une mélancolie discrète, tandis que Kelly Gowry et Pierre Antoine Suarez, en jeunes amants, offrent un contrepoint d’élan et de légèreté, comme un reflet lumineux de ce duo mûr en quête d’air.
La scénographie et les vidéos d’Alain Lagarde transforment l’espace avec une sobriété éloquente : le banc devient tour à tour jardin, refuge, frontière, selon l’angle et la lumière. Christian Pinaud sculpte ses éclairages en demi teintes qui épousent les hésitations des personnages, tandis que les costumes de Cécile Magnan révèlent sans souligner, évoquant la place sociale et intime de chacun.
Ce qui se joue ici n’est pas une histoire d’adultère flamboyant, mais le vertige d’un « et si ? ». Que se passe t il si l’on déplace d’un millimètre la trajectoire d’une vie réglée ? La pièce nous met face à ce trouble là, ni moralisateur ni cynique, mais profondément humain. Isabelle Carré et Bernard Campan ne se contentent pas de rejouer leur complicité : ils la réinventent, avec une intensité plus intérieure, plus tremblée. Et l’on ressort de ce spectacle différent, avec dans la poche l’envie secrète d’oser, à notre tour, ce fameux pas de côté.



















