Théâtre des Béliers Parisiens : « le gros qui fume comme une cheminée en hiver »

Il y a dans ce spectacle une pulsion initiale qui attire sans crier gare : celle du hasard. Tout commence avec un pari, un de ceux que l’on fait à la légère, presque par bravade, et qui se retourne en destin. C’est la mèche que déroule le texte d’Élodie Menant, avançant entre humour, vertige et tendresse. On suit Juan, personnage démesuré, qui accumule les excès pour se protéger de lui même. Un pari perdu, un voyage inattendu, un infarctus, un amour retrouvé, une fille recherchée… tout semble invraisemblable et pourtant tout s’enchaîne avec une logique souterraine, comme si la vie composait sa propre musique.

Le gros qui fume PHOTO OLIVIER BRAJON

La pièce joue constamment sur ce fil tendu entre rire et gravité. Le grotesque des situations ne masque jamais la vulnérabilité des êtres. Les comédiens, complices, incarnent tour à tour la légèreté et la profondeur, donnant au récit une dynamique fluide où les scènes se transforment sans cesse : un studio de radio se mue en stade, puis en chambre d’hôpital ou en espace intime, comme un monde en mouvement permanent.

Ce qui frappe, c’est la façon dont Menant interroge le hasard sans chercher à l’expliquer. Elle nous invite plutôt à le regarder autrement, à accepter que nos vies se construisent dans ces accidents, ces coïncidences, ces rencontres qui n’en sont peut être pas vraiment. Le spectacle devient alors un miroir où chacun retrouve ses propres bifurcations, ses secondes chances, ses regrets qui se transforment en élans.

Le gros qui fume PHOTO OLIVIER BRAJON

En sortant de la salle, une impression persistante demeure, comme une résonance intime : celle d’avoir traversé un fragment de vie qui, bien qu’issu d’une histoire singulière, nous parle à tous. Le gros qui fume n’est pas seulement le récit d’un homme emporté par ses excès et par le hasard, c’est aussi une méditation sensible sur nos propres trajectoires, nos dérives et nos recommencements. Le spectacle nous rappelle qu’un pari perdu peut contenir un monde entier, qu’une rencontre imprévue peut bouleverser le cours d’une existence, et que nos fragilités sont souvent la matière première de nos renaissances.

Élodie Menant parvient à orchestrer ce chaos avec une justesse rare. Elle ne cherche jamais à plaquer une morale, mais laisse au spectateur la liberté d’inventer ses propres résonances. Sa mise en scène respire, circule, épouse le rythme du texte comme le souffle d’une musique intérieure. Les comédiens, vibrants et complices, deviennent des passeurs d’émotions : ils nous entraînent du rire à la mélancolie, de l’étonnement à la tendresse, sans jamais rompre ce fil invisible qui relie la scène au public.

Ce qui pourrait n’être qu’une chronique invraisemblable se transforme alors en parabole lumineuse. Dans ce théâtre mouvant, le hasard n’est plus une menace mais une promesse, l’accident devient une ouverture, et la perte un point de départ. Le spectacle donne envie de croire aux surprises de l’existence, à ces détours que l’on n’attend pas et qui pourtant nous sauvent.

Et c’est là que réside la force du travail d’Élodie Menant : elle fait de l’inattendu une matière dramatique aussi puissante que la tragédie antique, mais toujours teintée d’un humour tendre, d’une humanité qui réchauffe. Elle nous prouve qu’il est possible de raconter l’improbable sans céder à la facilité, d’élever l’ordinaire jusqu’à la poésie, de transformer un fait divers intime en une fresque universelle.

En refermant cette parenthèse théâtrale, on garde le cœur un peu plus ouvert, l’esprit un peu plus disponible aux surprises du monde. On se surprend à remercier le hasard, ce compagnon invisible, de croiser notre route au détour d’une salle obscure. Le gros qui fume n’est pas seulement un spectacle : c’est une leçon de vie, une célébration de l’imprévisible, une invitation à aimer nos détours.

Élodie Menant signe ici une œuvre à la fois généreuse et bouleversante, un théâtre qui éclaire sans juger, qui amuse sans jamais amoindrir, qui console sans fausse douceur. Elle s’impose comme une voix singulière, capable de faire vibrer l’âme collective avec des histoires profondément humaines. Et l’on se dit, en quittant la salle, que si nos vies ressemblent parfois à un jeu de dés, c’est peut être grâce à des artistes comme elle que nous apprenons à en savourer chaque jetée.

Äkta à Genève, le bistrot qui façonne aussi ses assiettes

Äkta à Genève, le bistrot qui façonne aussi ses assiettes

À Plainpalais, Lisa Otterström et Grégoire Lieutet ont ouvert une adresse à leur image, libre, chaleureuse et profondément attachée au “fait maison”. Du pain au levain à la céramique, leur goût pour l’artisanat donne une personnalité singulière à cette table où l’on vient autant pour manger que pour se retrouver.

SACRÉE – MARGAUX

SACRÉE – MARGAUX

Margaux est messagère de l’invisible. Elle canalise les messages de vos guides, vos proches disparus, vos animaux, ou simplement ce qui cherche à se présenter à vous à ce moment précis de votre vie. Elle est le pont, entre ce que vous vivez et ce que vous ne savez pas encore entendre.

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

At the San Sebastián International Film Festival, I met filmmaker Marlène Emilie Lyngstad at the Hotel María Cristina to discuss « Cute », her debut feature. Exploring transgressive desires and a relationship that resists straightforward moral categorisation, the film deliberately places the viewer in an uncomfortable position : it asks audiences neither to endorse its characters’ behaviour nor to condemn them outright, but to take the time to examine what lies behind their impulses, their loneliness and their need to be loved.

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

I feel a sense of gentleness mingled with something far more painful, as though Fatih Akin had wanted to rediscover, beneath all the violence, all the wounds and all the shadowy places his cinema has so often explored, a more unguarded, almost purer form of feeling, something that still belongs to that age when we can love before we have learned to protect ourselves, when we believe everything is beginning at the very moment life may brutally decide that everything must stop.

Faris and Farasha are twenty when they meet, a single glance is enough, then Farasha dies that very night, yet their story does not end there, because she manages to reach Faris in his dreams for forty nights, and I love this idea deeply because it turns the supernatural into something profoundly intimate: not the spectacular wish to bring back the dead, but the much simpler, far more universal longing for a little more time with someone we have just lost.

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Tristan Baille : In « Body of Glass », artistic creation is at times connected with violence, destruction and human contradictions. Was this something that was already on your mind when you were writing the film ?

Naemi Ada : Yes, I thought about it a lot while writing, about the way art can sometimes emerge from violence, destruction or contradiction. We are human beings, and we are made up of very different things, sometimes even opposing things. Nothing is completely pure or perfectly coherent. There can be something strange in the way we live, communicate and behave towards one another, and art is also part of that complexity. For me, making a film is perhaps a way of entering into those contradictions rather than trying to resolve them.

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

C’est une belle découverte pour moi. Au 28, place des Vosges, sous les arcades de l’une des places les plus emblématiques de Paris, je découvre à la Jakobson Gallery un écrin qui semble avoir été imaginé pour les sculptures de Valérie Hadida. Entre la géométrie souveraine de la pierre, la lumière changeante des galeries couvertes et les silhouettes de l’artiste, une évidence s’impose presque immédiatement. Je n’ai pas l’impression de voir des œuvres simplement exposées : elles semblent avoir trouvé une demeure.

PALO SANTO – IBIZA

PALO SANTO – IBIZA

Il y a des endroits qui portent en eux quelque chose d’indéfinissable. Une énergie, une âme. Las Dalias, à San Carlos, est de ceux-là. Ce qui a commencé en 1954 comme une simple bodega de village est devenu au fil des décennies l’un des lieux les plus mythiques d’Ibiza. Le marché hippie du week-end, connu dans le monde entier, attire créateurs, voyageurs et insulaires depuis des générations. En semaine, le marché nocturne prend le relais, avec ses cent stands de mode, bijoux et artisanat baignés de lumières féeriques et de musique envoûtante. Et chaque mercredi soir, c’est le célébrissime Namaste, qui s’empare du jardin dès 19h, avant de migrer vers le club Akasha pour prolonger la nuit. Une célébration qui rassemble depuis plus de 25 ans autour de la danse, de la musique, de l’amour et de la paix. Ici, tous les âges, tous les styles, toutes les tribus se croisent et se mélangent. C’est ça, Las Dalias. Un lieu de vie à part entière, ouvert, coloré, libre. Exactement l’endroit où l’on s’attend à trouver un restaurant comme Palo Santo.

Matsuri Genève, le sushi bar culte prend l’accent Suisse

Matsuri Genève, le sushi bar culte prend l’accent Suisse

Matsuri a choisi les Eaux-Vives pour poser ses premières assiettes en Suisse. Une arrivée qui marque un nouveau chapitre pour cette enseigne née à Paris en 1986, connue pour son kaïten, ce tapis roulant autour duquel s’organise le repas. À Genève, le concept a été entièrement repensé avec Pesca Rouge, poissonnerie et table carougeoise fondée par Anaïs et David Comerro, qui apporte au projet son expertise du produit et son ancrage local.