La Bouitte, l’art du rebond

À Saint-Marcel, au creux de la montagne savoyarde, La Bouitte ne se contente pas d’exister : elle traverse le temps, encaisse les secousses, se remet à l’ouvrage et revient plus vivante encore.

En 2026, la maison de la famille Meilleur fêtera ses 50 ans. Cinquante années d’une histoire bâtie à force de travail, de fidélité au territoire, de transmission et de feu intérieur. Fondée en 1976 par René Meilleur sur un ancien champ de pommes de terre à Saint-Marcel, La Bouitte n’a jamais cessé d’avancer, d’investir, de se transformer, sans jamais rompre le fil de ce qu’elle est profondément : une maison de famille, enracinée, habitée, intensément savoyarde.

crédit photo © Matthieu Cellard

Il y a parfois, dans la vie des grandes maisons, des moments de bascule. Des instants qui obligent à se regarder avec lucidité, à reprendre, à réinterroger, à resserrer. La famille Meilleur semble appartenir à cette catégorie rare de bâtisseurs qui ne cèdent ni à l’amertume ni à la posture, mais choisissent le mouvement. Chez eux, la remise en question ne sonne pas comme un aveu de faiblesse : elle devient un moteur.

Et c’est sans doute ce qui frappe aujourd’hui à La Bouitte. En un an et demi, la maison a pris un virage sensible : plus libre, plus rythmée, plus directe peut-être, sans rien perdre de son âme. Le lieu reste intact dans ce qu’il offre de plus précieux : cette impression d’être hors du monde, face aux montagnes brutes, dans un calme presque minéral. Mais l’expérience, elle, semble s’être retendue : plus contemporaine, plus vive, plus pleinement assumée.

crédit photo © Matthieu Cellard


La grande force de La Bouitte, c’est de ne ressembler à personne. Sa cuisine n’emprunte ni la voie d’un luxe lisse, ni celle d’une sophistication désincarnée. Elle reste terrienne, savoyarde, singulière, traversée par une imagination qui ne cherche jamais l’effet gratuit. Plus que jamais, elle affirme un propos enraciné et engagé, porté par un équilibre rare entre délicatesse, espièglerie et sincérité.

À table, cela se ressent immédiatement. Le repas avance par secousses heureuses, par surprises franches, par moments qui impriment la mémoire. On redécouvre la cuisine des Meilleur autrement : plus vraie, plus lisible, plus audacieuse aussi. Et l’expérience commence bien avant la première

assiette. La Bouitte a aussi l’intelligence de s’inscrire dans le rythme d’une journée de ski. Une navette récupère les convives au pied des pistes et les conduit jusqu’à la maison, où l’on troque naturellement l’équipement de glisse pour de confortables pantoufles. Sur la terrasse, l’apéritif se prend alors au soleil, face aux montagnes, avant un déjeuner pensé en trois ou cinq plats (210 ou 315 euros) sans allonger pour autant le temps passé à table. Tout est justement cadencé : on profite pleinement du moment, puis l’on repart skier avec la sensation d’avoir glissé, au cœur de la journée, une parenthèse gourmande.

crédit photo © Matthieu Cellard

Parmi les temps forts, l’entrée en sept bouchées ouvre le repas avec panache. Un geste ludique, précis, inspiré, qui donne le ton d’emblée. Le souffle de la nouvelle génération n’y est sans doute pas étranger : avec l’arrivée d’Oscar et de Calixte aux côtés de leurs aînés, La Bouitte fait vivre une transmission rare, portée désormais par trois générations au fourneau. De cette dynamique naissent une énergie nouvelle, des dressages plus tourbillonnants, des saveurs plus assumées.

Le repas déroule ensuite sa partition avec une forme de liberté réjouissante. Des amuse-bouches aux filets de perche du Léman, jusqu’à cette volaille surprenante, servie avec ses pilons et ses crosnes, la maison assume des choix francs, presque bravaches dans le bon sens du terme. Et c’est précisément là qu’elle touche juste : dans cette capacité à faire d’un geste simple un geste de haute cuisine, sans s’excuser de sa simplicité.

crédit photo © Matthieu Cellard

Puis vient le dessert… et là, tout s’emballe. Un dessert intelligent sans être cérébral, généreux sans lourdeur, régressif sans facilité. On y retrouve du jeu, du relief, une vraie science des textures, cette sensation troublante d’une glace sans glace et ces minuscules croissants qui viennent signer l’assiette avec malice. C’est un final qui a de l’esprit, de la gourmandise et surtout une vraie personnalité.

Autre découverte marquante : l’art de la dégustation du thé, pensé ici comme un prolongement naturel de l’expérience. À La Bouitte, rien n’est accessoire. Tout participe à ce sentiment de moment total, de parenthèse construite avec soin, sans ostentation mais avec une précision de chaque instant.

C’est peut-être cela, au fond, qui rend cette maison si attachante. Derrière le nom Meilleur, il n’y a ni arrogance ni démonstration. Il y a le poids d’un héritage, oui, mais surtout l’exigence de l’habiter pleinement. Une volonté de transmission, une culture du travail, un refus du relâchement. La Bouitte ne joue pas la carte de l’évidence : elle choisit celle du rebond, de la fidélité active, de la conquête intérieure.

crédit photo © Matthieu Cellard

On y vient pour la montagne, pour la beauté brute de Saint-Marcel, pour l’histoire d’une famille et d’un lieu. On en repart avec autre chose : le sentiment d’avoir assisté à un moment de bascule féconde, à l’endroit précis où une grande maison se réinvente sans se renier.

Et c’est peut-être là, finalement, sa plus grande force.

La Bouitte

159 route de la Tarine Hameau de Saint-Marcel,

73440 Les Belleville, France

Téléphone : +33 4 79 08 96 77

Menu: la-bouitte.com

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

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At the San Sebastián International Film Festival, I met filmmaker Marlène Emilie Lyngstad at the Hotel María Cristina to discuss « Cute », her debut feature. Exploring transgressive desires and a relationship that resists straightforward moral categorisation, the film deliberately places the viewer in an uncomfortable position : it asks audiences neither to endorse its characters’ behaviour nor to condemn them outright, but to take the time to examine what lies behind their impulses, their loneliness and their need to be loved.

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

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I feel a sense of gentleness mingled with something far more painful, as though Fatih Akin had wanted to rediscover, beneath all the violence, all the wounds and all the shadowy places his cinema has so often explored, a more unguarded, almost purer form of feeling, something that still belongs to that age when we can love before we have learned to protect ourselves, when we believe everything is beginning at the very moment life may brutally decide that everything must stop.

Faris and Farasha are twenty when they meet, a single glance is enough, then Farasha dies that very night, yet their story does not end there, because she manages to reach Faris in his dreams for forty nights, and I love this idea deeply because it turns the supernatural into something profoundly intimate: not the spectacular wish to bring back the dead, but the much simpler, far more universal longing for a little more time with someone we have just lost.

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

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Tristan Baille : In « Body of Glass », artistic creation is at times connected with violence, destruction and human contradictions. Was this something that was already on your mind when you were writing the film ?

Naemi Ada : Yes, I thought about it a lot while writing, about the way art can sometimes emerge from violence, destruction or contradiction. We are human beings, and we are made up of very different things, sometimes even opposing things. Nothing is completely pure or perfectly coherent. There can be something strange in the way we live, communicate and behave towards one another, and art is also part of that complexity. For me, making a film is perhaps a way of entering into those contradictions rather than trying to resolve them.

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

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C’est une belle découverte pour moi. Au 28, place des Vosges, sous les arcades de l’une des places les plus emblématiques de Paris, je découvre à la Jakobson Gallery un écrin qui semble avoir été imaginé pour les sculptures de Valérie Hadida. Entre la géométrie souveraine de la pierre, la lumière changeante des galeries couvertes et les silhouettes de l’artiste, une évidence s’impose presque immédiatement. Je n’ai pas l’impression de voir des œuvres simplement exposées : elles semblent avoir trouvé une demeure.

PALO SANTO – IBIZA

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Il y a des endroits qui portent en eux quelque chose d’indéfinissable. Une énergie, une âme. Las Dalias, à San Carlos, est de ceux-là. Ce qui a commencé en 1954 comme une simple bodega de village est devenu au fil des décennies l’un des lieux les plus mythiques d’Ibiza. Le marché hippie du week-end, connu dans le monde entier, attire créateurs, voyageurs et insulaires depuis des générations. En semaine, le marché nocturne prend le relais, avec ses cent stands de mode, bijoux et artisanat baignés de lumières féeriques et de musique envoûtante. Et chaque mercredi soir, c’est le célébrissime Namaste, qui s’empare du jardin dès 19h, avant de migrer vers le club Akasha pour prolonger la nuit. Une célébration qui rassemble depuis plus de 25 ans autour de la danse, de la musique, de l’amour et de la paix. Ici, tous les âges, tous les styles, toutes les tribus se croisent et se mélangent. C’est ça, Las Dalias. Un lieu de vie à part entière, ouvert, coloré, libre. Exactement l’endroit où l’on s’attend à trouver un restaurant comme Palo Santo.

Matsuri Genève, le sushi bar culte prend l’accent Suisse

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Matsuri a choisi les Eaux-Vives pour poser ses premières assiettes en Suisse. Une arrivée qui marque un nouveau chapitre pour cette enseigne née à Paris en 1986, connue pour son kaïten, ce tapis roulant autour duquel s’organise le repas. À Genève, le concept a été entièrement repensé avec Pesca Rouge, poissonnerie et table carougeoise fondée par Anaïs et David Comerro, qui apporte au projet son expertise du produit et son ancrage local.

NŪN IBIZA – Le feu, la mer et l’âme d’Ibiza

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À Cala Llonga, là où la baie dessine l’un des paysages les plus doux de l’île, NŪN incarne parfaitement cette nouvelle génération d’adresses qui font rayonner Ibiza autrement.

Dès l’arrivée, le décor donne le ton. Face à la mer, entre sable blond, bois naturel et teintes lumineuses, l’atmosphère est élégante sans jamais être prétentieuse. Ici, tout semble ralentir. Le temps, les conversations, le rythme de la journée.

MAJORELLE – Ibiza

MAJORELLE – Ibiza

Nichée dans les ruelles de Dalt Vila, à quelques mètres seulement du cœur animé de la vieille ville, Majorelle se découvre comme une parenthèse paisible au milieu du tumulte d’Ibiza le soir. L’adresse se trouve dans une rue calme, presque à l’écart, et c’est...