Par Mallorie
Rue Gustave Goublier, dans le 10e arrondissement, un lieu singulier conjugue luxe et littérature. Plongée dans un univers où chaque détail respire la poésie.
Il y a des adresses qui marquent une époque. L’Hôtel Littéraire Arthur Rimbaud, dans une rue discrète du 10e arrondissement parisien, fait partie de ces lieux qui transforment le simple séjour en expérience littéraire immersive. À quelques minutes de la Gare de l’Est, celle-là même où le jeune Arthur débarqua en septembre 1871 pour conquérir les cercles poétiques parisiens, cette adresse quatre étoiles révolutionne l’art de recevoir.
Quand l’hôtellerie rencontre la littérature
L’idée pourrait sembler audacieuse : dédier entièrement un établissement à l’univers d’un poète. Pourtant, Jacques Letertre, bibliophile passionné et président de la Société des Hôtels Littéraires, a su créer bien plus qu’un simple hébergement. « Arthur Rimbaud, notre premier poète ; celui qui bouleverse les adolescences paisibles », écrit-il dans la présentation de l’établissement. Cette vision se matérialise dans chacun des 42 chambres, où l’âme du « passant considérable » plane avec une intensité saisissante.
Le concept, né en 2013 avec Le Swann consacré à Proust, s’épanouit ici dans toute sa splendeur. Car si Rimbaud représente l’éternel voyageur, « l’homme aux semelles de vent » cher à Verlaine, l’hôtel devient alors le réceptacle idéal de cette soif d’ailleurs qui caractérisait le poète ardennais.


Une immersion sensorielle totale
Dès l’entrée, l’atmosphère saisit. Les murs dialoguent avec l’Å“uvre rimbaldienne à travers des références subtiles et des clins d’Å“il érudits. La bibliothèque de cinq cents ouvrages multilingues invite à la découverte : éditions originales, correspondances, travaux de recherche des plus grands spécialistes côtoient les traductions du monde entier. Car Arthur Rimbaud demeure l’un des auteurs français les plus traduits au monde.
Chaque chambre raconte une histoire. Personnalisées autour d’un poème, d’un personnage ou d’un épisode de la vie du poète, elles offrent une intimité particulière avec l’Å“uvre. Impossible de ne pas frissonner en s’endormant dans une chambre où résonnent encore les échos du « Bateau ivre » ou de « Ma bohème ».
L’art contemporain dialogue avec le patrimoine littéraire. Ernest Pignon-Ernest, figure majeure de l’art urbain, a confié à l’établissement une pièce rare de son « Parcours » de 1978, cette sérigraphie éphémère sur papier journal qui avait fleuri sur les murs de Paris et Charleville. Claude Hastaire y expose son « Voyou-Voyelle », témoignage pictural de la fascination que continue d’exercer le jeune prodige ardennais.


L’excellence au service de la culture
Au-delà du concept, c’est la qualité d’exécution qui impressionne. L’établissement assume pleinement son statut quatre étoiles, alliant confort moderne et raffinement culturel. Les espaces de lecture aménagés près du bar invitent à savourer un cocktail, pourquoi pas une absinthe, en hommage à « la sauge des glaciers » ?, tout en parcourant les dernières acquisitions de leur librairie partenaire, Le Piéton de Paris.
Car l’hôtel vit, respire, évolue. Les soirées littéraires, remises de prix et expositions en font un véritable centre culturel. L’association des Amis de Rimbaud y trouve naturellement sa place, perpétuant la mission de transmission qui anime ce lieu singulier.
Une démarche engagée
Première entreprise hôtelière à obtenir le statut d’« entreprise à mission », la Société des Hôtels Littéraires inscrit sa démarche dans une vision durable de la culture. « La culture est la clef de voûte du développement durable », rappelle l’UNESCO dans son Programme 2030. Cette conviction irrigue chaque décision, de l’accès libre aux espaces de recherche jusqu’à la défense des métiers du livre.
L’approche se veut accessible : loin de l’élitisme que pourrait suggérer un tel concept, l’établissement ouvre ses portes à tous les curieux, néophytes comme érudits. La culture devient prétexte à la rencontre, au partage, à la découverte.


L’émotion au cÅ“ur de l’expérience
Plus qu’un hôtel, l’établissement propose une traversée émotionnelle de l’Å“uvre rimbaldienne. Comment ne pas être saisi par cette sculpture Gurage rapportée d’Éthiopie, ces terres que le poète a arpentées dans sa quête d’absolu ? Cette « stèle de Gardien du Sommeil », traditionnellement plantée dans les cases pour protéger les voyageurs, résonne comme un écho troublant à la destinée du poète.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : offrir aux visiteurs la possibilité de marcher dans les pas d’Arthur, de ressentir cette fulgurance qui caractérisait son génie. « Ce bouleversement que nous voulons partager avec vous », écrit Jacques Letertre, trouve ici son expression la plus aboutie.
Dans un monde où l’hôtellerie tend vers la standardisation, l’Hôtel Littéraire Arthur Rimbaud rappelle qu’il existe encore des lieux où l’âme prime sur l’efficacité, où la poésie transforme l’ordinaire en extraordinaire. Un séjour qui, à l’image du poète qu’il célèbre, ne laisse jamais indemne.


6, rue Gustave Goublier, 75010 PARIS
Tél. +33 (0)1 40 40 02 02
www.hotel-litteraire-arthur-rimbaud.com



















