Saba, l’écume et le feu : Annecy vibre aux accents de Tokyo

Dans une ruelle du vieux quartier, là où personne n’aurait parié, Clément Torres a posé ses couteaux et ses rêves salés. Bienvenue chez Saba, table inclassable où le maquereau devient roi et les bouillons racontent l’Asie.

Il y a des restaurants qui s’installent dans des évidences, des adresses sages, calibrées, prévisibles. Et puis il y a Saba. Un nom court comme un appel, mystérieux comme une escale impromptue dans un izakaya de Shibuya. Quatre lettres qui frappent et qui, en japonais, désignent le maquereau, ce poisson mal aimé des conserves que Clément Torres a décidé de réhabiliter avec une ferveur presque militante.

Nous sommes à Annecy, faubourg Sainte-Claire. Le local est intimiste, tout en recoins et en caractère, délicieusement atypique. Là où d’autres n’ont vu qu’un défi, Clément Torres a perçu une évidence, il s’est assis, a fermé les yeux, et s’est retrouvé à Tokyo. La cuisine ouverte sur la salle, les tables en bois brûlé façon shou-sugi-ban, cette intimité brute qui abolit la distance entre celui qui crée et celui qui déguste. Tout était là, en germe, dans cet écrin singulier qui n’attendait que lui.

L’homme qui cuisinait au nez

Clément Torres n’était pas destiné à tenir une poêle. Bac électronique en poche, brevet d’État de voile en bandoulière, le Montpelliérain rêvait de grand large et de vents portants. C’est l’Australie qui a tout fait basculer : une brasserie de la côte ouest, un patron nommé Didier qui décèle chez cet enfant bronzé quelque chose d’indéfinissable. Le déclic se produit dans le chaos joyeux d’une cuisine en coup de feu.

Retour en France, CAP au Greta de Toulouse, puis huit années de vagabondage gourmand entre bistrots et tables étoilées. Chez Franck Renimel, au restaurant En Marge, il apprend la rigueur en mode papier buvard, tout absorber, ne rien laisser filer. Mais c’est ailleurs que se forge sa vraie signature : dans les ruelles de Séoul, les marchés de Bangkok, les comptoirs minuscules de l’archipel nippon où l’on mange accoudé, seul face au chef.

Un soir à Tokyo, attablé dans un bouiboui dont il ne comprend pas la carte, il pointe au hasard une ligne de kanji. Le serveur sourit et répète, presque chantant : Saba ! Saba ! Maquereau. Le poisson des étés méditerranéens de son enfance sétoise, celui que sa famille préparait sans chichi, mais avec cet amour brut des produits vrais. Le signe est trop beau pour être ignoré. Il le glisse dans sa poche intérieure, comme une promesse.

 

Une cuisine sans filet

Chez Saba, on range les fourchettes et on sort les cuillères. Le chef veut que chaque bouchée soit un tout, un accord parfait où textures et saveurs se percutent simultanément. Ici, les assiettes ne se picorent pas : elles s’engloutissent dans leur globalité, comme un poème qu’on ne saurait lire par fragments.

La carte n’existe pas vraiment. Deux menus, Initiation ou Libre Expression, et l’aventure commence. Ce qui débarque devant vous tient de l’équilibrisme gustatif : des cuissons éclair au barbecue, des poissons à peine saisis dont la chair garde cette nacre tremblante du presque-cru, des bouillons profonds comme des secrets de grand-mère coréenne, des piments qui réveillent sans brutaliser…

Point de sel ajouté dans ces assiettes. L’iode fait le travail, algues de Guérande, poutargue, poissons de roche transformés en essences marines. Les acidités jouent les trouble-fêtes avec une insolence réjouissante : agrumes, vinaigre de riz, abricots pas mûrs, fermentations diverses. On croque, on mâche, on s’étonne. Et quand on repose sa cuillère, on se sent délicieusement décoiffé.

Le Sud dans les filets, l’Asie dans l’âme

Clément Torres aurait pu céder à la facilité du localisme absolu, travailler l’omble chevalier et la féra puisqu’il cuisine à deux pas du lac. Il a choisi la cohérence plutôt que la posture. Son garde-manger marin vient du Grau-du-Roi, pêché par Mathieu Chapel, un ami de longue date. Ces poissons-là, il les connaît depuis l’enfance, il sait leur parler, les révéler.

Autour, le végétal joue sa partition : topinambour, chou-fleur, daïkon, herbes sauvages des alpages voisins. Les épices arrivent des quatre coins du monde, sélectionnées avec une obsession de parfumeur. Poivres rares, piments coréens, satay, miso, kimchi maison…le chef compose ses accords comme d’autres écriraient des haïkus, en peu de mots, mais avec une densité démesurée.

Et puis il y a Marie, sacrée Meilleure jeune sommelière de France en 2023, qui orchestre les accords liquides avec une audace à la hauteur de la cuisine. Sakés, vins nature, bières artisanales du coin, chaque gorgée prolonge le voyage ou le fait bifurquer vers des territoires inattendus.

L’adresse qui ne ressemble à aucune

Saba ne coche aucune case. Trop marin pour être savoyard, trop asiatique pour être méditerranéen, trop instinctif pour être académique. Le Guide Michelin et le Gault & Millau ont repéré l’ovni, preuve que l’inclassable finit toujours par trouver sa constellation.

Clément Torres, lui, continue de cuisiner au nez, presque sans goûter. Il hume ses bouillons, renifle ses émulsions, fait confiance à cet instinct animal que l’école n’enseigne pas. Quand la vague retombe mal, il change tout. Quand elle porte, il surfe dessus avec cette nonchalance de ceux qui ont compris que la cuisine, comme la voile, est affaire de vent et d’audace.

On ressort de Saba un peu sonné, le palais en éveil, avec cette sensation étrange d’avoir voyagé très loin sans quitter les bords du lac. C’est peut-être ça finalement, la magie des lieux impossibles : ils nous emmènent exactement là où l’on n’attendait pas aller.

Article rédigé par Mallorie

 

Infos pratiques

Restaurant Saba

21 Faubourg Sainte-Claire, 74000 Annecy

Ouvert du lundi au vendredi, midi et soir (fermé le mercredi midi)

Tél. 09 87 39 45 25

www.restaurant-saba.com

www.instagram.com/saba.annecy

Interview Barbara Schulz

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Barbara Schulz a construit un parcours rare, fait de fidélité au théâtre, de justesse dans le jeu et d’audace dans ses choix artistiques. Deux fois couronnée aux Molières, elle s’est imposée comme l’une des comédiennes les plus sensibles de sa génération, capable de passer avec une élégance singulière de la comédie à l’émotion la plus profonde. Chaque rôle qu’elle touche porte l’empreinte de son intensité et de sa sincérité.

HÄMBRE : L’âme méditerranéenne sublimée à Ibiza 

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Installé au cœur de Santa Eulalia, à Ibiza, Hämbre s’impose comme une parenthèse enchantée où l’esprit méditerranéen rencontre une esthétique vintage et délicatement romantique. Dans ce refuge inspiré par la mer et les saisons, chaque détail raconte une histoire : la lumière tamisée, les textures patinées, une ambiance sonore pensée avec soin… et bien sûr, une cuisine sincère, raffinée, profondément ancrée dans son terroir.
Que l’on s’installe à l’intérieur, dans cet écrin chaleureux, ou sur la terrasse animée, Hämbre invite à savourer un instant hors du temps.

Tailor Trucks 

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Lorsque j’arrive devant la boutique Tailor Trucks de l’avenue de Wagram, la façade a déjà quelque chose d’apaisant, presque intime : un décor qui semble inviter à ralentir et à entrer dans un lieu où l’élégance se travaille à l’échelle du détail. À l’intérieur, les étoffes se succèdent comme une bibliothèque tactile, les carnets d’échantillons respirent le savoir faire, et le parfum discret du cuir et du bois donne au showroom l’atmosphère d’un atelier parisien revisité. C’est là que je suis accueilli par Johann Allaf, l’un des créateurs de Tailor Trucks (Lylian Allaf étant l’autre magicien), sourire franc et regard attentif, comme si chaque client méritait déjà toute son attention.

Interview de Laurent Bentata

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Je ne suis pas sûr qu’il y ait eu un retard. Il y avait surtout une envie, très forte, de la part du public. Et il ne faut pas oublier que nous travaillons avec des spectacles à gros budget : Le Roi Lion, par exemple, doit pouvoir se défendre. Nous avons commencé avec Cabaret. Très vite, nous avons compris qu’il existait un vrai potentiel. Cela prend du temps, bien sûr. Il faut créer des spectacles, organiser une rencontre régulière avec le public, proposer des productions marquantes, iconiques. Nous avons choisi ce qui se fait de mieux à Broadway ou dans le West End, pour permettre au public français de s’adapter à un genre un peu différent de notre tradition musicale. Ce n’est pas un choc, mais une nouvelle pratique. Je savais que ce serait un marathon, et il fallait être patient.

Interview Léa Lopez

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Entrer à la Comédie Française, c’est franchir un seuil où l’histoire du théâtre français semble veiller dans chaque couloir, dans chaque dorure, dans chaque souffle. Cet après midi là, alors que la lumière descend doucement sur les arcades du Palais Royal, je traverse les salons feutrés de l’institution avec la sensation très nette d’être observé : le buste de Molière, planté dans son éternelle vigilance, paraît me surveiller du coin de l’œil, comme pour s’assurer que je ne me laisse pas aller à la rêverie. C’est dans cette atmosphère à la fois solennelle et étrangement familière que je m’apprête à rencontrer Léa Lopez, qui brille actuellement dans L’École de danse de Goldoni, portée par une énergie sincère et une présence déjà affirmée.

Le Banville (réseau Émeraude)

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Les hôtels du réseau Émeraude forment une constellation discrète dans le ciel parisien : des adresses qui ne cherchent pas à briller par le clinquant, mais par une présence subtile, presque instinctive. On y entre comme on ouvre un livre dont les pages auraient été patinées par des voyageurs anonymes, chacun laissant un murmure, un parfum, une trace de lumière derrière lui.

« L’école de danse » à la Comédie-Française

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Dans l’air délicatement poudré de la salle Richelieu flotte une lumière qui ne tombe jamais tout à fait : elle glisse, elle effleure, elle s’attarde comme un soupir sur les moulures dorées. Et au centre de ce théâtre chargé d’histoire, c’est un décor réaliste qui attire le regard, aux pieds des passants, derrière des fenêtres du plus bel effet romantique. Un vaste studio imaginaire où les planches craquent comme une respiration, où les pas se cherchent, où les corps apprennent à parler avant les mots. Ainsi se déploie L’École de danse à la Comédie-Française, ressuscitée avec une douceur ironique par Clément Hervieu-Léger, dont la mise en scène ressemble à un battement de cœur, précis, pudique, et pourtant vibrant d’une tendresse secrète. La pièce de Goldoni, longtemps reléguée sur les étagères du répertoire, renaît dans une clarté nouvelle. Rien d’ostentatoire : juste la grâce discrète d’un texte qui, sous ses airs souriants, raconte la jeunesse qui se faufile entre les règles, l’élan qui défie les conventions, l’art qui se fraie un passage dans le carcan des habitudes. On y voit des danseuses qui rêvent d’échapper à leurs tutelles, des maîtres qui s’accrochent à leurs certitudes, des jeunes gens qui voudraient vivre autrement que ce qu’on a décidé pour eux. Tout cela bouge, pulse, hésite, s’emporte, comme si le plateau lui même se souvenait qu’il fut, avant d’être un temple du verbe, une cour de récréation des possibles.

Manon Colombies, Groupe Festina

Manon Colombies, Groupe Festina

Dans le paysage horloger, où la tradition pèse souvent plus lourd que l’innovation, Manon Colombies avance avec une assurance tranquille. Directrice Générale du Groupe Festina, elle s’impose comme l’une des figures les plus singulières de la profession, alliant une sensibilité venue de la mode à une compréhension fine des mécaniques horlogères.