Pages : Le Carnet de voyage culinaire d’un maître Franco-Japonais

Par Mallorie

Au cœur du 16ᵉ arrondissement parisien, à deux pas de l’effervescence de la place des États-Unis, se cache un secret que seuls les initiés murmurent avec gourmandise. Derrière la façade discrète du 4 rue Auguste Vacquerie, Pages déploie ses saveurs comme un poème culinaire où chaque environ révèle l’âme de son créateur.

Ryugi Teshima, Teshi pour les intimes, n’est pas de ces chefs qui cherchent la lumière des projecteurs. Son étoile brille d’une lueur plus intime, celle qui naît de la passion authentique et du respect profond des produits. Dans cette table confidentielle de trente couverts, l’homme orchestre une symphonie gustative où les traditions françaises épousent la précision japonaise avec une élégance rare.

L’élégance de l’épurement

Dès le seuil franchi, l’architecture signée Shinku Noda impose sa sérénité. Le blanc immaculé dialogue avec le gris aluminium, créant un écrin contemporain où chaque détail compte. Les murs de briques blanches respirent la modernité tandis que la cuisine ouverte invite à la contemplation du geste créateur. Ici, pas d’ostentation : juste la beauté pure du dépouillement maîtrisé.

Cette transparence n’est pas anodine. Elle révèle la philosophie de Teshi : une cuisine sans artifice où la technique se met au service du produit, jamais l’inverse. Les tables impeccablement nappées semblent attendre leurs convives comme des toiles vierges prêtes à accueillir l’œuvre d’art éphémère qu’est un repas d’exception.

Le feu sacré du binchotan

Au cœur de cette création culinaire trône un maître discret : le barbecue Binchotan. Ce charbon japonais millénaire, entre les mains expertes de Teshi, transforme chaque cuisson en rituel. La viande de bœuf normand Salers Holstein, le Wagyu d’exception exposé dans son armoire de maturation, les poissons de Normandie et de Bretagne… tous trouvent dans cette flamme purificatrice l’expression de leur vérité gustative.

Le chef ne cache pas sa fascination pour les textures. Chaque bouchée raconte une histoire de températures maîtrisées, de temps respectés, de gestes précis hérités d’un double apprentissage : celui du Japon natal et celui de la France adoptive. Des cuisines étoilées des Berceaux au prestigieux Lucas Carton, Teshi a sculpté sa technique avant de la révéler dans cet écrin parisien.

Une carte des saveurs, une géographie du goût

Kenichi Handa, fidèle lieutenant aux fourneaux, participe à cette quête d’excellence qui puise dans le meilleur du terroir français. La poularde du Perche côtoie les crustacés bretons dans un ballet harmonieux où chaque produit révèle sa singularité. Cette approche respectueuse du terroir français, sublimée par la sensibilité nipponne, crée une identité culinaire unique.

Pierre-Alexandre Fouquet, sommelier et directeur, prolonge cette recherche d’excellence dans sa sélection viticole. Du Cour-Cheverny du Domaine des Huards, au Chambolle-Musigny Premier Cru Les Cras 2017 du Domaine Georges Roumier, flacon d’exception, chaque accord révèle une nouvelle facette de la cuisine de Teshi.

L’art de recevoir, réinventé

Pages propose une gamme de menus pensée comme un voyage gustatif. Le déjeuner dévoile la créativité du chef à travers deux parcours à 75 et 115 euros, tandis que le soir invite à l’exploration avec un menu dégustation à 170 euros et le menu Pages en huit séquences à 260 euros. Chaque formule raconte une histoire différente, révèle une facette particulière de cet art culinaire hybride.

Les options proposées : caviar à 35 euros, Wagyu travaillé en deux façons à 50 euros, témoignent de cette recherche constante de l’excellence, sans jamais tomber dans l’écueil de l’exhibitionnisme. Ici, le luxe se vit dans la discrétion, se savoure dans l’intimité.

Un rendez-vous avec l’authenticité

Dans un paysage gastronomique parisien parfois théâtral, Pages cultive sa différence par l’authenticité. Teshi n’interprète pas une partition imposée : il compose sa propre mélodie, celle qui naît de la rencontre entre deux cultures culinaires qu’il maîtrise avec la même aisance.

Cette table confidentielle du 16ᵉ arrondissement mérite le détour par cette sincérité rare qui émane de chaque assiette. Ici, pas de folklore ni de mise en scène : juste l’essentiel d’une cuisine qui parle au cœur autant qu’aux papilles.

Réserver une table chez Pages, c’est s’offrir une parenthèse où le temps suspend son vol, où chaque bouchée révèle l’âme d’un créateur passionné. Dans ce temple discret de la gastronomie franco-japonaise, Teshi continue d’écrire sa plus belle histoire : celle d’une cuisine d’émotion, authentique et généreuse.

Restaurant Pages

4 rue Auguste Vacquerie, 75016 Paris

Réservations : www.restaurantpages.fr

Entretien de Tristan Baille avec Laurence Gray autour de Toutes les choses géniales

Entretien de Tristan Baille avec Laurence Gray autour de Toutes les choses géniales

Bonjour ! Qu’est-ce qui t’a donné envie de porter ce texte sur scène ? Et, en le travaillant, as-tu découvert des choses que tu n’avais pas perçues à la première lecture ?

Laurence Gray : Je suis une grande lectrice, mais je trouve parfois la lecture d’une pièce un peu aride. Le théâtre est fait pour être joué, pour être vu. Or, là, c’est l’une des rares fois où, dès la lecture, j’étais totalement avec le personnage. J’étais transportée, je passais du rire aux larmes. Je l’ai lu d’une traite et j’ai eu un immense coup de cœur.

Äkta à Genève, le bistrot qui façonne aussi ses assiettes

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À Plainpalais, Lisa Otterström et Grégoire Lieutet ont ouvert une adresse à leur image, libre, chaleureuse et profondément attachée au “fait maison”. Du pain au levain à la céramique, leur goût pour l’artisanat donne une personnalité singulière à cette table où l’on vient autant pour manger que pour se retrouver.

SACRÉE – MARGAUX

SACRÉE – MARGAUX

Margaux est messagère de l’invisible. Elle canalise les messages de vos guides, vos proches disparus, vos animaux, ou simplement ce qui cherche à se présenter à vous à ce moment précis de votre vie. Elle est le pont, entre ce que vous vivez et ce que vous ne savez pas encore entendre.

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

At the San Sebastián International Film Festival, I met filmmaker Marlène Emilie Lyngstad at the Hotel María Cristina to discuss « Cute », her debut feature. Exploring transgressive desires and a relationship that resists straightforward moral categorisation, the film deliberately places the viewer in an uncomfortable position : it asks audiences neither to endorse its characters’ behaviour nor to condemn them outright, but to take the time to examine what lies behind their impulses, their loneliness and their need to be loved.

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

I feel a sense of gentleness mingled with something far more painful, as though Fatih Akin had wanted to rediscover, beneath all the violence, all the wounds and all the shadowy places his cinema has so often explored, a more unguarded, almost purer form of feeling, something that still belongs to that age when we can love before we have learned to protect ourselves, when we believe everything is beginning at the very moment life may brutally decide that everything must stop.

Faris and Farasha are twenty when they meet, a single glance is enough, then Farasha dies that very night, yet their story does not end there, because she manages to reach Faris in his dreams for forty nights, and I love this idea deeply because it turns the supernatural into something profoundly intimate: not the spectacular wish to bring back the dead, but the much simpler, far more universal longing for a little more time with someone we have just lost.

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Tristan Baille : In « Body of Glass », artistic creation is at times connected with violence, destruction and human contradictions. Was this something that was already on your mind when you were writing the film ?

Naemi Ada : Yes, I thought about it a lot while writing, about the way art can sometimes emerge from violence, destruction or contradiction. We are human beings, and we are made up of very different things, sometimes even opposing things. Nothing is completely pure or perfectly coherent. There can be something strange in the way we live, communicate and behave towards one another, and art is also part of that complexity. For me, making a film is perhaps a way of entering into those contradictions rather than trying to resolve them.

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

C’est une belle découverte pour moi. Au 28, place des Vosges, sous les arcades de l’une des places les plus emblématiques de Paris, je découvre à la Jakobson Gallery un écrin qui semble avoir été imaginé pour les sculptures de Valérie Hadida. Entre la géométrie souveraine de la pierre, la lumière changeante des galeries couvertes et les silhouettes de l’artiste, une évidence s’impose presque immédiatement. Je n’ai pas l’impression de voir des œuvres simplement exposées : elles semblent avoir trouvé une demeure.

PALO SANTO – IBIZA

PALO SANTO – IBIZA

Il y a des endroits qui portent en eux quelque chose d’indéfinissable. Une énergie, une âme. Las Dalias, à San Carlos, est de ceux-là. Ce qui a commencé en 1954 comme une simple bodega de village est devenu au fil des décennies l’un des lieux les plus mythiques d’Ibiza. Le marché hippie du week-end, connu dans le monde entier, attire créateurs, voyageurs et insulaires depuis des générations. En semaine, le marché nocturne prend le relais, avec ses cent stands de mode, bijoux et artisanat baignés de lumières féeriques et de musique envoûtante. Et chaque mercredi soir, c’est le célébrissime Namaste, qui s’empare du jardin dès 19h, avant de migrer vers le club Akasha pour prolonger la nuit. Une célébration qui rassemble depuis plus de 25 ans autour de la danse, de la musique, de l’amour et de la paix. Ici, tous les âges, tous les styles, toutes les tribus se croisent et se mélangent. C’est ça, Las Dalias. Un lieu de vie à part entière, ouvert, coloré, libre. Exactement l’endroit où l’on s’attend à trouver un restaurant comme Palo Santo.