« les caprices de Marianne », d’Alfred de Musset

Théâtre des Gémeaux parisiens

J’ai la chance de rencontrer Zoé Adjani aujourd’hui pour une interview. Au théâtre des Gémeaux Parisiens. Il fait un temps exécrable et nous discutons à l’extérieur, malgré la pluie. Mais la comédienne qui interprète Marianne dans la pièce d’Alfred de Musset est un vrai rayon de soleil.

Tristan Baille : Bonjour Zoé Adjani. Ravi d’être ici avec vous pour cette pièce « les caprices de Marianne ».

Zoé Adjani : Ravie également !

Tristan Baille : Comment avez vous préparé ce texte ? Avec d’autres œuvres en amont ?

Zoé Adjani : Non. Je me suis surtout concentrée sur la pièce. J’ai lu ce qu’il a écrit sur la jeunesse et, même si j’aime beaucoup l’histoire, si je m’étais trop plongée dans l’idée que Musset se faisait du 19eme, j’aurais eu du mal à rester dans la vision moderne que voulait lui donner Philippe Calvario. Je me suis plus focalisée sur le parallèle avec une Marianne d’aujourd’hui que sur la vision de la femme dans la société de cette époque là. Par exemple, pendant la création à Amiens, je suis allée aux vêpres tous les jours dans la cathédrale, je suis allée chanter…J’ai préféré essayer une méthode d’actor’s studio plus qu’une théorie.

Tristan Baille : Marianne, justement, pose cette question très tôt dans la pièce : « Ne plaigniez vous pas le sort des femmes ? ». Pensez vous que cette pièce soit féministe ? Et si oui, ne serait ce pas étonnant venant d’un auteur qui à l’époque aimait « une belle nuit qui passe » ?

Zoé Adjani : Parfaitement. C’était un dandy. Un Dom Juan. Un Casanova. Cette pièce est très féministe par rapport aux thématiques. Mais le mot féministe est résolument moderne, donc non. Je pense surtout qu’il est l’un des premiers qui s’est demandé ce qu’il se passait dans la tête d’une femme. Il essayait de se mettre à leur place. Or Musset se voyait aussi dans Celio et dans Octave. Les deux miroirs de sa personnalité. Dans ce texte, il s’interroge profondément. Presque de manière philosophique. Chaque état. Chaque personnage. Dans sa totalité. Il se met à la place de Marianne et c’est assez incroyable. C’est pour cela qu’il est si juste. Il se rend bien compte que si une femme dit oui au premier venu, elle est traitée de fille facile. Et si elle refuse, au contraire, c’est une statue froide.

Tristan Baille : D’ailleurs le titre est il juste ? Marianne fait elle un caprice ?

Zoé Adjani : Ce postulat des caprices est certes étonnant. Comme si elle en faisait 40 ! Mais en italien le mot signifie « colère ». Ce qui semble plus logique.

Tristan Baille : Surtout la scène où les chaises volent !

Zoé Adjani : C’est écrit clairement dans les didascalies. Elle ne sait plus par quel bout prendre ses relations. Ni comment penser. Elle est seule. Mais quand Octave revient, ça se resserre, elle se bloque dans un étau. Jusqu’à cette fin où elle portera la culpabilité de la mort de Celio. Elle a demandé à Octave de venir dans le jardin. Son action génère la mort d’un homme donc elle se sent coupable. Coupable qu’Octave dise adieu à l’amitié ou à l’amour. Au plaisir. Et elle va devoir vivre avec un assassin !

Tristan Baille : La mise en scène de Philippe Calvario est un subtil mélange d’insolence et de pudeur issue des bienséances de l’époque. Comment a t il présenté sa vision de la pièce ? Quelle a été la principale difficulté ?

Zoé Adjani : Philippe Calvario, qui est le metteur en scène, le producteur et le comédien qui interprète Octave, voulait investir ce personnage qui ne sait plus aimer. Sans émotions ou sensations. Qui est perdu dans ses addictions. Comme la bouteille. Pour Marianne, il m’avait vu dans des interviews, dans certains films, et pour lui j’avais cette force, ce caractère là, ce côté sanguin qu’il voulait apporter à Marianne, qui peut vite passer pour une petite fille qui ne sait pas vraiment ce qu’elle veut dans la vie. Comme la plupart des interprétations qui ont été faites jusqu’à présent. Où elle se fait avoir. Bernée par les hommes. Pour moi c’est une femme extrêmement forte, une intellectuelle, une femme qui ne veut pas être perturbée dans sa vie, et c’est ça qui a été compliqué pour moi en tant qu’actrice, puisque je suis tributaire et dépendante, de part ce métier, du désir des autres dans un monde d’images et de visages. Le challenge, là, était de trouver le recul nécessaire pour interpréter une force, sans cette notion esthétique du physique.

Tristan Baille : Il est vrai qu’en vous écoutant dire ce texte, j’avais l’impression que vous vous délectiez du moindre mot. Est ce le personnage le plus intéressant à interpréter dans votre jeune carrière déjà conséquente ?

Zoé Adjani : Il y a d’autres personnages que j’ai adoré interpréter. Comme « Morguy » dans la série « les filles de feu ». Un personnage haut en couleurs, un peu fou. Je pouvais alors aller chercher des choses beaucoup moins morales. Alors qu’avec Marianne, il fallait jouer une émotion intense tout en étant coincée dans mon corset. Sans jamais dépasser une forme de limite. Car elle est gouvernée par cette figure morale, cette posture qu’elle ne peut pas lâcher.

Tristan Baille : Vous êtes aussi au cinéma dans « le choix du pianiste ». C’est une année prolifique !

Zoé Adjani : Oui. J’ai la chance d’être sur scène jusqu’au 30 mars. Et dans les salles de cinéma. Après un chemin timide, je fais ce que j’ai toujours voulu. Avec l’impression que je ne me suis pas trop trompée.

Tristan Baille : Merci encore, Zoé Adjani, pour cette rencontre.

Zoé Adjani : Très contente d’avoir eu cet échange avec vous. J’avais hâte.

L’interview est terminée. Je ressors sous le ciel qui pleure.
L’amour n’a que le sens qu’on essaie de lui donner. Et le mot comédie ne convient pas à cette pièce, tant les personnages souffrent, tels de vrais miroirs de notre existence. Il y a certes un instant d’humour entre Octave et le juge. Quelques répliques qui s’enchaînent avec fantaisie par ci par là…mais la tension tragique repousse le badinage vers une histoire d’amour impossible. Alfred de Musset est le génie romantique qui décrit les blessures, les désirs, les peurs, dans une époque où les bienséances offraient encore moins de libertés aux femmes, dans ce monde d’hommes.

Bien des questions se posent en assistant à ce spectacle…
N’y a t il pas en chacun de nous un Octave insouciant et un Celio sincère et fidèle ? Ne rêvons nous pas parfois d’un sentiment de liberté, ou d’un espoir d’équilibre serein ? Ces archétypes de passion et de raison ne sommeillent ils pas en nous ? Les conventions sociales ont elles un poids sur nos relations amoureuses ?

La mise en scène de Philippe Calvario présente avec talent le pouvoir du statut social, avec une énergie communicative grâce aux dialogues, aux déplacements, aux attitudes, aux silences.

On comprend vite, quand Ciuta aborde Marianne pour lui parler de l’amour de Celio pour elle, que Marianne n’est pas intéressée. Claudio, le juge et mari de Marianne, plein de doutes, de peurs, fait rire le public avec « l’odeur d’amants », et Octave le libertin aura beau décrire de son mieux les sentiments de Celio pour Marianne, la belle refuse clairement. La voilà réduite à un jugement plus qu’à un choix, passer pour une vertueuse froide et hautaine, ou une gourgandine dépravée. Elle plaide brillamment et à juste titre la cause des femmes.

L’amour ment. Le désir, jamais. Marianne préfère Octave, qui plus tard envoie quand même Celio sous sa fenêtre. Mais des spadassins sont là pour lui. Marianne a envoyé une lettre mais il est trop tard. Celio meurt en se croyant trahi.

En sortant de ce spectacle, je me souviens de ces livres où les auteurs essaient de définir l’amour à travers leurs personnages. Comment faire pour s’approcher d’une vérité qui semble fuir à tout moment ? Alfred de Musset en parle si bien.
Il nous dit que l’amour est une pièce de théâtre. Un spectacle qui se mérite. Alors on répète. On apprend. On doute. On avance. On change d’histoire. On se cache derrière les rideaux. Et puis, soudain, ils s’ouvrent. Et à ce moment là, il faut être vrai.

Que pense Octave ? Peut être qu’un jour on se dit que notre temps est passé. Que l’amour n’est plus que le rêve d’un idiot. Comme si on regardait un album de photos et que l’on ne reconnaissait pas son propre visage. Octave se ment comme un clown amoureux de son nez rouge une grande partie de la pièce. Jusqu’à la mort de Celio.
Octave qui a tant profité des femmes. Et qui a toujours, dans ses relations intimes, jeté ses conquêtes avec une certaine insouciance. Mais avec Marianne, il finit par enlever son masque. Il se sait incapable d’aimer. Habitué à la séduction et à son jeu de plaisirs.

Pour Musset, le bonheur devait être dans la quête de l’amour. Le bonheur comme un pourboire que la vie nous laisse. Pour lui, c’était juste quelques pièces.
Des pièces de théâtre.

Mise en scène : Philippe Calvario
Avec Zoé Adjani, Philippe Calvario, Mikael Mittelstadt, (en alternance avec) Pierre Hurel, Hameza El Omari, Delphine Rich, Christof Veillon
Du 8 janvier au 30 mars
Théâtre des Gémeaux parisiens

Au programme également :
Belles de scène, Maupassant inside, Los Guardiola.

Interview Barbara Schulz

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Barbara Schulz a construit un parcours rare, fait de fidélité au théâtre, de justesse dans le jeu et d’audace dans ses choix artistiques. Deux fois couronnée aux Molières, elle s’est imposée comme l’une des comédiennes les plus sensibles de sa génération, capable de passer avec une élégance singulière de la comédie à l’émotion la plus profonde. Chaque rôle qu’elle touche porte l’empreinte de son intensité et de sa sincérité.

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Installé au cœur de Santa Eulalia, à Ibiza, Hämbre s’impose comme une parenthèse enchantée où l’esprit méditerranéen rencontre une esthétique vintage et délicatement romantique. Dans ce refuge inspiré par la mer et les saisons, chaque détail raconte une histoire : la lumière tamisée, les textures patinées, une ambiance sonore pensée avec soin… et bien sûr, une cuisine sincère, raffinée, profondément ancrée dans son terroir.
Que l’on s’installe à l’intérieur, dans cet écrin chaleureux, ou sur la terrasse animée, Hämbre invite à savourer un instant hors du temps.

Tailor Trucks 

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Lorsque j’arrive devant la boutique Tailor Trucks de l’avenue de Wagram, la façade a déjà quelque chose d’apaisant, presque intime : un décor qui semble inviter à ralentir et à entrer dans un lieu où l’élégance se travaille à l’échelle du détail. À l’intérieur, les étoffes se succèdent comme une bibliothèque tactile, les carnets d’échantillons respirent le savoir faire, et le parfum discret du cuir et du bois donne au showroom l’atmosphère d’un atelier parisien revisité. C’est là que je suis accueilli par Johann Allaf, l’un des créateurs de Tailor Trucks (Lylian Allaf étant l’autre magicien), sourire franc et regard attentif, comme si chaque client méritait déjà toute son attention.

Interview de Laurent Bentata

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Je ne suis pas sûr qu’il y ait eu un retard. Il y avait surtout une envie, très forte, de la part du public. Et il ne faut pas oublier que nous travaillons avec des spectacles à gros budget : Le Roi Lion, par exemple, doit pouvoir se défendre. Nous avons commencé avec Cabaret. Très vite, nous avons compris qu’il existait un vrai potentiel. Cela prend du temps, bien sûr. Il faut créer des spectacles, organiser une rencontre régulière avec le public, proposer des productions marquantes, iconiques. Nous avons choisi ce qui se fait de mieux à Broadway ou dans le West End, pour permettre au public français de s’adapter à un genre un peu différent de notre tradition musicale. Ce n’est pas un choc, mais une nouvelle pratique. Je savais que ce serait un marathon, et il fallait être patient.

Interview Léa Lopez

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Entrer à la Comédie Française, c’est franchir un seuil où l’histoire du théâtre français semble veiller dans chaque couloir, dans chaque dorure, dans chaque souffle. Cet après midi là, alors que la lumière descend doucement sur les arcades du Palais Royal, je traverse les salons feutrés de l’institution avec la sensation très nette d’être observé : le buste de Molière, planté dans son éternelle vigilance, paraît me surveiller du coin de l’œil, comme pour s’assurer que je ne me laisse pas aller à la rêverie. C’est dans cette atmosphère à la fois solennelle et étrangement familière que je m’apprête à rencontrer Léa Lopez, qui brille actuellement dans L’École de danse de Goldoni, portée par une énergie sincère et une présence déjà affirmée.

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Les hôtels du réseau Émeraude forment une constellation discrète dans le ciel parisien : des adresses qui ne cherchent pas à briller par le clinquant, mais par une présence subtile, presque instinctive. On y entre comme on ouvre un livre dont les pages auraient été patinées par des voyageurs anonymes, chacun laissant un murmure, un parfum, une trace de lumière derrière lui.

« L’école de danse » à la Comédie-Française

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Dans l’air délicatement poudré de la salle Richelieu flotte une lumière qui ne tombe jamais tout à fait : elle glisse, elle effleure, elle s’attarde comme un soupir sur les moulures dorées. Et au centre de ce théâtre chargé d’histoire, c’est un décor réaliste qui attire le regard, aux pieds des passants, derrière des fenêtres du plus bel effet romantique. Un vaste studio imaginaire où les planches craquent comme une respiration, où les pas se cherchent, où les corps apprennent à parler avant les mots. Ainsi se déploie L’École de danse à la Comédie-Française, ressuscitée avec une douceur ironique par Clément Hervieu-Léger, dont la mise en scène ressemble à un battement de cœur, précis, pudique, et pourtant vibrant d’une tendresse secrète. La pièce de Goldoni, longtemps reléguée sur les étagères du répertoire, renaît dans une clarté nouvelle. Rien d’ostentatoire : juste la grâce discrète d’un texte qui, sous ses airs souriants, raconte la jeunesse qui se faufile entre les règles, l’élan qui défie les conventions, l’art qui se fraie un passage dans le carcan des habitudes. On y voit des danseuses qui rêvent d’échapper à leurs tutelles, des maîtres qui s’accrochent à leurs certitudes, des jeunes gens qui voudraient vivre autrement que ce qu’on a décidé pour eux. Tout cela bouge, pulse, hésite, s’emporte, comme si le plateau lui même se souvenait qu’il fut, avant d’être un temple du verbe, une cour de récréation des possibles.

Manon Colombies, Groupe Festina

Manon Colombies, Groupe Festina

Dans le paysage horloger, où la tradition pèse souvent plus lourd que l’innovation, Manon Colombies avance avec une assurance tranquille. Directrice Générale du Groupe Festina, elle s’impose comme l’une des figures les plus singulières de la profession, alliant une sensibilité venue de la mode à une compréhension fine des mécaniques horlogères.