Au croisement de la rue Volta et de la rue au Maire, le restaurant « Horiz » s’inscrit dans une histoire qui dépasse celle d’un simple restaurant. Avant de porter ce nom, l’adresse était déjà un lieu de cuisine familiale, tenu par les parents des deux frères Lin. En reprenant le restaurant, ils n’ont pas cherché à rompre avec le passé, mais à le faire évoluer. Le lieu a changé de visage, mais l’essentiel est resté : une cuisine enracinée dans une mémoire familiale, désormais portée par une nouvelle génération.



La répartition des rôles entre les deux frères est claire. Olivier est aux fourneaux. Il travaille à partir des recettes qu’il a connues enfant, mais les aborde avec la précision et l’exigence acquises au fil de son parcours en cuisine. Son frère Alexandre accueille, conseille et veille au rythme de la salle. Cette complémentarité donne au restaurant un équilibre naturel. Rien n’y paraît figé ou artificiel, et l’ensemble fonctionne avec fluidité.
Ce qui distingue Horiz, c’est la façon dont il combine une cuisine profondément chinoise avec une atmosphère qui évoque davantage un bistrot parisien contemporain. L’ambiance est détendue, le service direct, presque familier. On est loin du cérémonial parfois associé aux restaurants traditionnels. Cette simplicité rend l’expérience plus immédiate, plus vivante, sans rien enlever au sérieux du travail en cuisine.



La carte reflète cette approche. Le riz, ingrédient central de nombreuses cuisines chinoises, y est exploré sous différentes formes. Il apparaît dans les nouilles, dans certaines préparations croustillantes, ou encore dans des desserts. Cette présence constante crée une cohérence discrète, sans jamais devenir répétitive.
Parmi les plats, certains racontent directement l’histoire du lieu et de la famille. Les nouilles sautées au porc laqué, par exemple, reposent sur une recette transmise par leur grand mère. Elles sont à la fois simples et très maîtrisées, avec un équilibre entre le fondant de la viande et la texture des pâtes. Les galettes garnies, croustillantes à l’extérieur et moelleuses à l’intérieur, rappellent des formats populaires de la cuisine de rue, tout en étant exécutées avec une grande précision. Le poulet frit, travaillé avec des sauces aux saveurs contrastées, combine le croustillant et la douceur, sans excès.
Même les desserts prolongent cette logique. La mousse au chocolat reste par exemple fidèle à ses origines, mais avec une exécution plus légère, plus actuelle. Rien n’est transformé au point de perdre son identité, mais tout est ajusté avec sensibilité.


Ce qui se dégage de l’ensemble, c’est une impression d’équilibre. Le restaurant « Horiz » ne cherche ni à reproduire un restaurant chinois traditionnel, ni à imiter un bistrot parisien. Il se situe entre les deux, dans un espace qui lui est propre. La cuisine conserve sa profondeur et ses racines, tandis que l’atmosphère reste ouverte, accessible et contemporaine. Le restaurant donne le sentiment d’une continuité, comme si une histoire familiale s’était simplement adaptée à son époque, sans jamais perdre ce qui la rendait vivante.
Par Tristan Baille



















