Futur du tourisme : les nouvelles dimensions du voyage

Crise climatique, interdiction de voyager, régions du monde menacées de disparition : les deux années de crise sanitaire ont profondément modifié le secteur du tourisme qui contribuait jusqu’alors à 10% du PIB mondial et concentrait 9% des emplois dans le monde selon des chiffres du World Travel & Tourism Council. En 2020, il accuse des pertes de 4 500 milliards de dollars de PIB et 62 millions d’emplois selon cette même source. La sédentarité, nouvel horizon ? Heureusement non. L’avènement du télétravail, l’émergence du web3 et la culture du care ouvrent des boulevards de réinvention. Eco-tourism, solo-travel, e-tourism, micro-aventure, et voyage à vie, les formats de voyage se démultiplient afin de répondre à de nouvelles aspirations et de nouveaux combats. En explorant de nouvelles temporalités, de nouveaux espaces et de nouvelles raisons d’exister, les acteurs du tourisme élargissent les horizons du voyage. C’est alors le concept même de « voyage » qui mute et, ce faisant, les valeurs et les imaginaires d’une société tout entière que les marques ont le pouvoir de réinventer.

 

Nouvelles temporalités : d’une heure d’évasion par jour au voyage pour toujours

 

S’il n’y a pas vraiment le monde d’avant et le monde d’après, les deux années écoulées, en révolutionnant nos manières de travailler, ont bousculé notre rapport au temps. Le télétravail a permis à nombre de personnes d’investir des résidences secondaires, d’intercaler des séances de sport dans leurs journées et de réorganiser – physiquement et psychologiquement – la répartition des temps travaillés et non travaillés.

 

Plus enclines à pratiquer le slashing d’activités, les jeunes générations s’emparent de plus en plus du Bleisure, contraction de business et pleasure. Un néologisme pour une pratique déjà répandue avant la crise sanitaire, qui se développe depuis : profiter d’un déplacement professionnel pour visiter une ville ou encore prolonger son séminaire par un week-end en couple. Plusieurs grandes chaînes hôtelières, comme le groupe Hilton ont observé une augmentation de cette pratique dans leur clientèle. Ainsi des réaménagements ont été effectués dans certains établissements : ménager des activités familiales dans des hôtels d’affaires ou alors installer salles de réunion et possibilité de visio-conférences dans les clubs de vacances plus familiaux. Le « all-inclusive » se dote alors de nouvelles aspérités.

 

Faire du voyage à long-terme un horizon de vie ? C’est aussi ce que permet Wander, un concept fondé sur un réseau de smart homes, dispersées dans le monde entier. Pour le même prix qu’un loyer, les membres Wander mêlent voyage et travail tout au long de l’année, aux quatre coins du monde. Un nomadisme nouvelle génération qui ouvre de nouvelles perspectives de vie pour des individus en quête de liberté.

 

En créant un périmètre d’évasion plus flexible et plus hybride, cet étirement du temps ouvre aux marques – de tourisme et au-delà – la possibilité de s’intégrer plus souvent et plus tactiquement dans le quotidien des gens. Mais en brouillant ainsi les frontières entre travail et loisir, dans une quête de voyage à long-terme, les individus ne risquent-ils pas de ne plus apprécier la saveur de leurs échappées et tomber dans les travers de l’entre-deux permanent ? Le challenge sera alors pour ces acteurs de créer de l’extraordinaire dans des emplois du temps bousculés. Et seul l’avenir nous dira si les fameuses 3 semaines de vacances au mois d’août continueront de représenter la norme. Ou la nouvelle exception.

 

Nouveaux espaces : des lieux en voie d’extinction à l’apparition de nouveaux territoires de voyage

 

La rareté jusqu’où ? Pendant la crise sanitaire, les longs courriers ont été interdits et nos déplacements restreints à des cercles d’un kilomètre. Et si le voyage lointain, plus compliqué, représentait le luxe de demain ? Remettant en cause le tourisme de masse, des marques ont imaginé des options des plus délirantes pour des happy few en quête d’inédit. Des noces en Antarctique proposées par la compagnie de croisières américaine Atlas Ocean Voyage aux expéditions sur la lune sur les traces d’Elon Musk, en passant par le dark tourism qui propose des voyages dans des zones dangereuses : tout autant d’options farfelues d’un tourisme d’élite qui confisquerait des espaces menacés pour le compte de quelques-uns… Le voyage deviendra-t-il un luxe pour les 1% d’entre nous ? Dans un nouvel écosystème sociétal plus responsable, pour la planète et pour les hommes, comment les marques vont-elles pouvoir justifier leur impact sur des territoires fragiles ? Environnementalement et socialement.

 

Quand le voyage virtuel infuse le réel… En développant un monde virtuel connecté au réel, le métavers vient lui aussi enrichir l’offre des possibles. Selon l’entreprise américaine Gartner, en 2026, 25 % des gens passeront au moins une heure par jour dans le métavers. Aux voyages virtuels déjà disponibles dans l’univers grandissant du gaming, les NFT fournissent désormais des options d’exclusivité à leurs détenteurs dans le monde réel : accès privilégiés, expériences exclusives… S’appuyant sur une logique de communautés de passionnés de voyage, la collection Lucky Ape Travel Club NFT donne ainsi à ses membres l’opportunité de voyager conjointement dans le monde réel et le métavers. 

 

On ignore encore jusqu’où cela nous propulsera mais les marques bénéficieront d’une incroyable ouverture du champ des possibles en vue de l’avènement d’un espace virtuel plus si irréel que nous l’imaginons. Qu’il s’agisse d’outils immersifs pour préparer son voyage, d’un voyage 100% métaversel depuis son salon pour préserver son empreinte carbone ou encore la possibilité de faire découvrir aux futures générations des lieux tristement disparus comme une mémoire du voyage, les scénarios sont vastes.

 

Nouvelles raisons de voyager : de la découverte à l’introspection

 

Plus encore que le choix d’une destination, de plus en plus de voyageurs vont rechercher des conditions propices à l’introspection, au bien-être, à l’exercice d’une passion. Certaines destinations étaient déjà reliées à des sports (golf, voile, ski). Aujourd’hui, l’offre s’affine et devient de plus en plus sophistiquée. The Courts propose ainsi 4 courts de tennis dans un clubhouse de luxe au milieu du désert de Californie.

 

Parmi ceux qui s’engagent pour une nature mieux respectée, Thierry Teissier, l’un des pionniers du voyage d’exception offre une nouvelle conception du voyage éphémère. Sa nouvelle création, l’hôtel 700’000 Heures – qui correspond au nombre d’heures en moyenne de notre durée de vie sur Terre – propose un réseau d’hôtels qui changent de destination tous les 6 mois pour ne pas dénaturer à long-terme le paysage local tout en maintenant le lien avec les communautés sur place, le temps du voyage. C’est d’ailleurs une volonté partagée par 58% des voyageurs qui estiment important que leur voyage profite à la communauté locale, selon une étude de Booking.com de 2021. Se développent aussi en parallèle des voyages qui visent à réparer le monde : en mars 2022, The Explorer’s Passage a permis à des experts, des journalistes et des universitaires de faire avancer ensemble la réflexion sur le réchauffement climatique lors d’une croisière en Antarctique aux côtés d’explorateurs polaires. Joindre l’utile, voire l’indispensable, à l’agréable est devenu crucial pour se retrouver soi-même et vivre en adéquation avec le monde.

 

 

On le sait, la crise sanitaire, en figeant le monde, a conduit les acteurs du tourisme à réfléchir aux évolutions du voyage. En questionnant notre rapport au temps, le sens de nos déplacements et notre impact sur les destinations, les marques de voyage ont engagé une réflexion qui touche à des mutations sociétales profondes : notre rapport à l’environnement, au temps et à la valeur travail. Les voyages ne forment pas seulement le visage de nos instants de loisirs mais finalement les valeurs d’une société tout entière. Aux marques de relever le défi d’une nouvelle époque et d’influencer les dynamiques dans le bon sens.

 

écrite par Jérôme Lhermenier, Managing Director de  FutureBrand

Äkta à Genève, le bistrot qui façonne aussi ses assiettes

Äkta à Genève, le bistrot qui façonne aussi ses assiettes

À Plainpalais, Lisa Otterström et Grégoire Lieutet ont ouvert une adresse à leur image, libre, chaleureuse et profondément attachée au “fait maison”. Du pain au levain à la céramique, leur goût pour l’artisanat donne une personnalité singulière à cette table où l’on vient autant pour manger que pour se retrouver.

SACRÉE – MARGAUX

SACRÉE – MARGAUX

Margaux est messagère de l’invisible. Elle canalise les messages de vos guides, vos proches disparus, vos animaux, ou simplement ce qui cherche à se présenter à vous à ce moment précis de votre vie. Elle est le pont, entre ce que vous vivez et ce que vous ne savez pas encore entendre.

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

At the San Sebastián International Film Festival, I met filmmaker Marlène Emilie Lyngstad at the Hotel María Cristina to discuss « Cute », her debut feature. Exploring transgressive desires and a relationship that resists straightforward moral categorisation, the film deliberately places the viewer in an uncomfortable position : it asks audiences neither to endorse its characters’ behaviour nor to condemn them outright, but to take the time to examine what lies behind their impulses, their loneliness and their need to be loved.

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

I feel a sense of gentleness mingled with something far more painful, as though Fatih Akin had wanted to rediscover, beneath all the violence, all the wounds and all the shadowy places his cinema has so often explored, a more unguarded, almost purer form of feeling, something that still belongs to that age when we can love before we have learned to protect ourselves, when we believe everything is beginning at the very moment life may brutally decide that everything must stop.

Faris and Farasha are twenty when they meet, a single glance is enough, then Farasha dies that very night, yet their story does not end there, because she manages to reach Faris in his dreams for forty nights, and I love this idea deeply because it turns the supernatural into something profoundly intimate: not the spectacular wish to bring back the dead, but the much simpler, far more universal longing for a little more time with someone we have just lost.

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Tristan Baille : In « Body of Glass », artistic creation is at times connected with violence, destruction and human contradictions. Was this something that was already on your mind when you were writing the film ?

Naemi Ada : Yes, I thought about it a lot while writing, about the way art can sometimes emerge from violence, destruction or contradiction. We are human beings, and we are made up of very different things, sometimes even opposing things. Nothing is completely pure or perfectly coherent. There can be something strange in the way we live, communicate and behave towards one another, and art is also part of that complexity. For me, making a film is perhaps a way of entering into those contradictions rather than trying to resolve them.

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

C’est une belle découverte pour moi. Au 28, place des Vosges, sous les arcades de l’une des places les plus emblématiques de Paris, je découvre à la Jakobson Gallery un écrin qui semble avoir été imaginé pour les sculptures de Valérie Hadida. Entre la géométrie souveraine de la pierre, la lumière changeante des galeries couvertes et les silhouettes de l’artiste, une évidence s’impose presque immédiatement. Je n’ai pas l’impression de voir des œuvres simplement exposées : elles semblent avoir trouvé une demeure.

PALO SANTO – IBIZA

PALO SANTO – IBIZA

Il y a des endroits qui portent en eux quelque chose d’indéfinissable. Une énergie, une âme. Las Dalias, à San Carlos, est de ceux-là. Ce qui a commencé en 1954 comme une simple bodega de village est devenu au fil des décennies l’un des lieux les plus mythiques d’Ibiza. Le marché hippie du week-end, connu dans le monde entier, attire créateurs, voyageurs et insulaires depuis des générations. En semaine, le marché nocturne prend le relais, avec ses cent stands de mode, bijoux et artisanat baignés de lumières féeriques et de musique envoûtante. Et chaque mercredi soir, c’est le célébrissime Namaste, qui s’empare du jardin dès 19h, avant de migrer vers le club Akasha pour prolonger la nuit. Une célébration qui rassemble depuis plus de 25 ans autour de la danse, de la musique, de l’amour et de la paix. Ici, tous les âges, tous les styles, toutes les tribus se croisent et se mélangent. C’est ça, Las Dalias. Un lieu de vie à part entière, ouvert, coloré, libre. Exactement l’endroit où l’on s’attend à trouver un restaurant comme Palo Santo.

Matsuri Genève, le sushi bar culte prend l’accent Suisse

Matsuri Genève, le sushi bar culte prend l’accent Suisse

Matsuri a choisi les Eaux-Vives pour poser ses premières assiettes en Suisse. Une arrivée qui marque un nouveau chapitre pour cette enseigne née à Paris en 1986, connue pour son kaïten, ce tapis roulant autour duquel s’organise le repas. À Genève, le concept a été entièrement repensé avec Pesca Rouge, poissonnerie et table carougeoise fondée par Anaïs et David Comerro, qui apporte au projet son expertise du produit et son ancrage local.