L’art de vivre qui réinvente le Bassin d’Arcachon

Entre l’Atlantique qui gronde au loin et la plus haute dune d’Europe qui veille comme une sentinelle de sable, il s’est toujours trouvé des passionnés pour tomber amoureux de ce coin de France à nulle autre pareille, William Téchoueyres est l’un d’eux. Et depuis quinze ans, lui et sa famille y écrivent une histoire qui ressemble à une saga, généreuse, ambitieuse, profondément humaine.

Une famille, une vision

Tout commence en 2010, lorsque William, ancien international de rugby au XV de France, reconverti en restaurateur avec le même appétit du jeu collectif, raccroche une belle endormie à la vie. La Co(o)rniche, hôtel des années 1930 perché au-dessus du Bassin à Pyla-sur-Mer, retrouve ses couleurs grâce à une rencontre décisive : celle avec Philippe Starck. Les deux hommes, à première vue si différents, partagent la même conviction que les beaux endroits méritent d’être vécus, pas seulement contemplés.

Starck, qui ne mâche jamais ses mots, voit en William « un bloc de vie » animé d’« une élégance propre aux éclats de rire». Pour lui, Mr Téchoueyres « exprime à lui seul l’essence du Bassin » : cet équilibre rare entre instinct et poésie et entre générosité et exigence. C’est cette alchimie-là, un hôtelier de caractère, un designer visionnaire, un territoire d’exception, qui fonde tout le reste.

Sophie, compagne de William depuis plus de vingt-quatre ans, abandonne sa carrière de chirurgienne-dentiste pour se consacrer entièrement à La Co(o)rniche. Elle en prend les rênes avec une hospitalité qui est chez elle une seconde nature, accueillant chaque hôte comme on reçoit un ami de longue date. Dans le lobby, elle installe La Boutique du Pyla, une sélection très personnelle de pièces dénichées au fil de ses voyages, sans diktat de marque ni calcul marketing, juste le plaisir de partager ses coups de cœur.

Puis vient Thomas, leur fils. Formé dans les cuisines étoilées de Lasserre, du Ritz, des Prés d’Eugénie de Michel Guérard, passé par le Benoît de Ducasse à New York et le Connaught d’Hélène Darroze à Londres, il aurait pu ouvrir son propre restaurant. Mais la force d’une saga familiale est souvent plus grande que toutes les ambitions individuelles. En 2016, il rejoint l’aventure et prend la direction du Skiff Club, le restaurant gastronomique de l’hôtel Ha(a)ïtza. Six mois plus tard : une première étoile Michelin. Puis une deuxième en 2020. Et une étoile verte en 2021 pour la cuisine durable du chef Stéphane Carrade. On n’écrit pas ce genre de trajectoire sans un vrai sens du collectif.

Ha(a)ïtza : la renaissance d’un mythe

Car entre-temps, la famille avait remis le couvert. En 2016, six ans après La Co(o)rniche, les Téchoueyres s’attaquent à un autre monument du Pyla : l’hôtel Haïtza, « le roc » en basque, bâti par Louis Gaume en 1930. Un établissement qui avait vu défiler Annabella et Yves Montand, les Rothschild et Charles Trenet, avant de se laisser gagner par le sommeil des légendes.

Starck est de nouveau de la partie. À Ha(a)ïtza, il imagine des espaces qui sont autant de récits : le Grand Salon, pensé comme l’appartement imaginaire de Tintin de retour d’Afrique, avec ses masques en hévéa et ses étagères chargées de livres et de souvenirs mêlés. Le bar, chamarré de carreaux émaillés aux couleurs d’un vieux bar brésilien, surplombé d’une toile acoustique peinte par Ara Starck, sa fille. Le Skiff Club, où trois embarcations flottent au-dessus des tables dans une véranda blanche comme un yacht-club d’une autre époque.

Les 38 chambres, avec leurs salles de bains vitrées ouvertes sur la lumière, leurs lits orientés vers le panorama, leurs détails soigneusement choisis pour donner le sentiment d’une maison habitée, incarnent ce que Starck appelle le « génie du designer » : créer de l’intime là où il ne devrait y avoir que du standardisé.

La Pâtisserie de Ma Fille : la douceur comme manifeste

Et puis, il y a cette histoire qui dit tout de la philosophie des Téchoueyres. Thomas et son épouse Alexia attendaient l’arrivée d’une petite fille. La famille, qui n’avait jamais cessé d’entreprendre, a décidé de fêter cette naissance comme elle sait le faire : en ouvrant un lieu.

Le 14 décembre 2023, La Pâtisserie de Ma Fille ouvre ses portes Place des Marquises, en plein cœur d’Arcachon. Ce n’est pas une boutique. C’est une déclaration d’amour, à la gourmandise, à l’enfance, à cette idée que les plus belles choses de la vie se partagent autour d’une table.

Starck signe encore l’écrin : marbre élégant, bois peints en teintes pastel, carreaux de ciment, banquettes aux tissus fleuris. Une lumière tendre, des tons doux, l’atmosphère d’une maison de famille imaginaire où l’on aurait toujours envie de rester un peu plus longtemps.

Aux fourneaux, Antony Prunet, chef pâtissier prodige, champion du monde de cannelés en 2012. Ici, il réinvente les grands classiques avec une élégance qui touche juste : le Paris-Brest devient Paris-Pyla, le baba au rhum se mue en Baba(a)ïtza, la religieuse pousse jusqu’à trois étages comme une fantaisie architecturale comestible. Des créations qui sont aussi des clins d’œil à la région, à la maison, à l’histoire de cette famille qui sait que les noms ont une âme.

La pâtisserie est ouverte tous les jours de 7h30 à 19h30, du petit-déjeuner aux cocktails du soir, du goûter aux tapas. Elle se privatise pour les anniversaires, les réunions de famille, ces moments que l’on cherche à fixer quelque part. Les créations s’emportent aussi, comme on glisse un peu de bonheur dans ses bagages.

Ce que l’on retient

Au fond, ce que construisent les Téchoueyres depuis quinze ans sur les rives du Bassin, c’est quelque chose d’assez rare dans l’hôtellerie de luxe contemporaine : un art de vivre qui ne ressemble qu’à eux. Pas de concept marketing, pas de groupe international derrière. Juste une famille qui aime profondément un territoire et qui a décidé de l’offrir aux autres, avec tout ce qu’elle a de meilleur.

Philippe Starck, qui connaît le monde mieux que quiconque, l’a dit avec la sobriété que lui autorise son sens de la formule : «La Co(o)rniche est un émerveillement, une stupéfaction et la certitude que c’est le plus bel endroit du monde. C’est unique et c’est pour toujours.»

La Co(o)rniche — 46 avenue Louis Gaume, 33115 Pyla-sur-Mer — lacoorniche-pyla.com 

Hôtel Ha(a)ïtza — 1 avenue Louis Gaume, 33115 Pyla-sur-Mer — haaitza.com 

La Pâtisserie de Ma Fille — Place des Marquises, 33120 Arcachon

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

Interview Marlene Emilie Lyngstad / Cute / New directors

At the San Sebastián International Film Festival, I met filmmaker Marlène Emilie Lyngstad at the Hotel María Cristina to discuss « Cute », her debut feature. Exploring transgressive desires and a relationship that resists straightforward moral categorisation, the film deliberately places the viewer in an uncomfortable position : it asks audiences neither to endorse its characters’ behaviour nor to condemn them outright, but to take the time to examine what lies behind their impulses, their loneliness and their need to be loved.

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

Geister / Rencontre avec Fatih Akin

I feel a sense of gentleness mingled with something far more painful, as though Fatih Akin had wanted to rediscover, beneath all the violence, all the wounds and all the shadowy places his cinema has so often explored, a more unguarded, almost purer form of feeling, something that still belongs to that age when we can love before we have learned to protect ourselves, when we believe everything is beginning at the very moment life may brutally decide that everything must stop.

Faris and Farasha are twenty when they meet, a single glance is enough, then Farasha dies that very night, yet their story does not end there, because she manages to reach Faris in his dreams for forty nights, and I love this idea deeply because it turns the supernatural into something profoundly intimate: not the spectacular wish to bring back the dead, but the much simpler, far more universal longing for a little more time with someone we have just lost.

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Interview Naemi Ada about « Body of Glass », at the San Sebastián International Film Festival

Tristan Baille : In « Body of Glass », artistic creation is at times connected with violence, destruction and human contradictions. Was this something that was already on your mind when you were writing the film ?

Naemi Ada : Yes, I thought about it a lot while writing, about the way art can sometimes emerge from violence, destruction or contradiction. We are human beings, and we are made up of very different things, sometimes even opposing things. Nothing is completely pure or perfectly coherent. There can be something strange in the way we live, communicate and behave towards one another, and art is also part of that complexity. For me, making a film is perhaps a way of entering into those contradictions rather than trying to resolve them.

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

VALÉRIE HADIDA, L’ÂME AU BOUT DES DOIGTS

C’est une belle découverte pour moi. Au 28, place des Vosges, sous les arcades de l’une des places les plus emblématiques de Paris, je découvre à la Jakobson Gallery un écrin qui semble avoir été imaginé pour les sculptures de Valérie Hadida. Entre la géométrie souveraine de la pierre, la lumière changeante des galeries couvertes et les silhouettes de l’artiste, une évidence s’impose presque immédiatement. Je n’ai pas l’impression de voir des œuvres simplement exposées : elles semblent avoir trouvé une demeure.

PALO SANTO – IBIZA

PALO SANTO – IBIZA

Il y a des endroits qui portent en eux quelque chose d’indéfinissable. Une énergie, une âme. Las Dalias, à San Carlos, est de ceux-là. Ce qui a commencé en 1954 comme une simple bodega de village est devenu au fil des décennies l’un des lieux les plus mythiques d’Ibiza. Le marché hippie du week-end, connu dans le monde entier, attire créateurs, voyageurs et insulaires depuis des générations. En semaine, le marché nocturne prend le relais, avec ses cent stands de mode, bijoux et artisanat baignés de lumières féeriques et de musique envoûtante. Et chaque mercredi soir, c’est le célébrissime Namaste, qui s’empare du jardin dès 19h, avant de migrer vers le club Akasha pour prolonger la nuit. Une célébration qui rassemble depuis plus de 25 ans autour de la danse, de la musique, de l’amour et de la paix. Ici, tous les âges, tous les styles, toutes les tribus se croisent et se mélangent. C’est ça, Las Dalias. Un lieu de vie à part entière, ouvert, coloré, libre. Exactement l’endroit où l’on s’attend à trouver un restaurant comme Palo Santo.

Matsuri Genève, le sushi bar culte prend l’accent Suisse

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Matsuri a choisi les Eaux-Vives pour poser ses premières assiettes en Suisse. Une arrivée qui marque un nouveau chapitre pour cette enseigne née à Paris en 1986, connue pour son kaïten, ce tapis roulant autour duquel s’organise le repas. À Genève, le concept a été entièrement repensé avec Pesca Rouge, poissonnerie et table carougeoise fondée par Anaïs et David Comerro, qui apporte au projet son expertise du produit et son ancrage local.

NŪN IBIZA – Le feu, la mer et l’âme d’Ibiza

NŪN IBIZA – Le feu, la mer et l’âme d’Ibiza

À Cala Llonga, là où la baie dessine l’un des paysages les plus doux de l’île, NŪN incarne parfaitement cette nouvelle génération d’adresses qui font rayonner Ibiza autrement.

Dès l’arrivée, le décor donne le ton. Face à la mer, entre sable blond, bois naturel et teintes lumineuses, l’atmosphère est élégante sans jamais être prétentieuse. Ici, tout semble ralentir. Le temps, les conversations, le rythme de la journée.

MAJORELLE – Ibiza

MAJORELLE – Ibiza

Nichée dans les ruelles de Dalt Vila, à quelques mètres seulement du cœur animé de la vieille ville, Majorelle se découvre comme une parenthèse paisible au milieu du tumulte d’Ibiza le soir. L’adresse se trouve dans une rue calme, presque à l’écart, et c’est...