Il faut d’abord laisser sa voiture derrière soi, puis monter dans le train, regarder la vallée s’éloigner et accepter pour quelques jours, de changer de rythme. À Wengen, c’est presque une règle du jeu. Le village est sans voitures, accroché à la montagne au-dessus de Lauterbrunnen, et cette légère coupure avec le reste du monde fait beaucoup dans son charme.
On vient ici pour les Alpes, évidemment. Pour la Jungfrau qui domine le paysage, les sentiers qui partent presque au pied des maisons, les journées dehors et cette lumière très particulière des hauteurs. Mais Wengen raconte aussi une certaine histoire du voyage en montagne. Avant les skieurs et les randonneurs, le village séduisait déjà artistes, voyageurs et aristocrates britanniques. J. R. R. Tolkien lui-même trouva dans les paysages de la vallée de Lauterbrunnen une partie de l’inspiration de son univers.
C’est dans ce décor que le Grand Hotel Belvedere a retrouvé une nouvelle vie sous l’impulsion de Beaumier. Plutôt que de transformer cette adresse historique en hôtel alpin trop parfaitement calibré, le groupe français a choisi de travailler avec ce qui existait déjà, son architecture du début du XXe siècle, son caractère, ses imperfections parfois, et surtout sa relation permanente avec la montagne.



Le résultat donne une excellente raison de poser ses valises à Wengen.
Le Belvedere, l’élégance alpine sans démonstration
Le Grand Hotel Belvedere possède le charme assez rare des hôtels qui n’ont pas besoin d’en faire beaucoup pour que l’on s’y sente bien. On y entre encore un peu saisi par les paysages extérieurs, puis le regard s’habitue progressivement aux boiseries, aux détails Heimatstil, aux éléments Art Nouveau, aux salons et à cette atmosphère chaleureuse qui évite soigneusement le folklore montagnard.
Pour sa rénovation, Beaumier s’est entouré de plusieurs cabinets suisses, Complete Works, Crausaz Tremblay et Clavien & Associés. Leur parti pris a été de conserver les éléments patrimoniaux du début du XXe siècle tout en simplifiant les espaces. Les vues sur la Jungfrau sont devenues, en quelque sorte, le premier élément de décoration.
Dans les 90 chambres et suites entièrement rénovées, le bois est omniprésent sans être pesant. Mobilier en pin réalisé sur mesure, murs à la chaux naturelle, moquettes faites à la main, laine épaisse et salles de bains habillées de serpentine verte composent des intérieurs calmes, confortables, avec juste ce qu’il faut de sophistication.
Et puis il y a les fenêtres. À Wengen, elles finissent par devenir une distraction à part entière. On ouvre les rideaux le matin et la montagne est là, immense, presque irréelle. On comprend assez vite pourquoi les architectes ont préféré lui laisser de la place plutôt que de surcharger les chambres.



Un spa face à la Jungfrau
Le contraste est intéressant. Après le charme historique des bâtiments, le spa adopte une architecture beaucoup plus radicale. Imaginé comme une construction brutaliste progressivement reprise par la nature, il se glisse entre les deux édifices de l’hôtel et s’ouvre sur les jardins, la forêt et les sommets.
L’inspiration vient des onsen japonais. Peu d’effets, des matières minérales, du silence et la sensation que l’extérieur continue de faire partie du décor.
Le lieu comprend quatre cabines de soins, dont une double, un sauna, un hammam, une salle de repos tournée vers la Jungfrau, une piscine chauffée intérieure et extérieure ainsi qu’un bain froid. Les soins sont signés Susanne Kaufmann, maison autrichienne connue pour ses formules développées autour d’ingrédients biologiques et naturels issus des Alpes.
Après une journée passée à marcher ou à prendre de l’altitude, difficile d’imaginer meilleur programme que quelques longueurs dehors, dans l’eau chaude, avec la forêt en contrebas.



À table, la montagne autrement
Le Belvedere est aussi un hôtel où l’on aime rester dîner.
À la Brasserie Belvedere, l’ambiance délaisse les codes parfois trop solennels des grands hôtels. La cuisine de montagne se fait contemporaine, les assiettes peuvent se partager, la musique emprunte aux années 80 et 90 et le décor mélange à nouveau Art Nouveau et Heimatstil.
Aux beaux jours, on change d’ambiance au Sonnenbad Lounge & Terrace. Face à la Jungfrau, on y retrouve des classiques alpins, des assiettes plus légères et des grillades au feu de bois, à l’heure du déjeuner comme pour un apéritif qui s’attarde. Le chef Will Gordon travaille notamment avec des produits de saison achetés dans un rayon de 100 kilomètres ou cueillis dans les environs.
Cette volonté de regarder autour de soi plutôt que de reproduire partout les mêmes codes résume assez bien la philosophie de Beaumier. Le groupe, qui exploite aujourd’hui dix hôtels en Europe, revendique un luxe davantage lié à la destination, à l’hospitalité et à l’authenticité qu’à l’accumulation de signes extérieurs.
À Wengen, cette approche trouve particulièrement bien sa place.



Puis vient le jour où l’on monte au Jungfraujoch
Dormir face à la Jungfrau donne forcément envie de s’en approcher.
Depuis Wengen, le voyage commence en train. Direction Kleine Scheidegg, à travers un paysage qui suffit déjà à justifier l’excursion. Puis vient la Jungfraubahn et l’ascension vers le Jungfraujoch, Top of Europe.
Le trajet fait partie de l’expérience. On monte progressivement jusqu’à pénétrer littéralement dans la montagne, avant d’atteindre à 3 454 mètres d’altitude, la plus haute gare ferroviaire d’Europe. Là-haut, changement de monde. L’air est plus vif, la lumière plus crue, la neige et la glace occupent presque tout le champ de vision. Le Jungfraujoch se trouve au cœur du site Alpes suisses Jungfrau-Aletsch, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Mais ce qui surprend le plus lors d’une première visite est peut-être l’ampleur de ce qui a été imaginé sur place. Le Jungfraujoch n’est pas uniquement un belvédère où l’on monte prendre une photographie avant de repartir. Il mérite qu’on lui consacre plusieurs heures.



La terrasse du Sphinx, située à 3 571 mètres, offre l’un de ces panoramas dont on mesure difficilement l’échelle. En contrebas s’étire le glacier d’Aletsch, le plus long des Alpes. Par temps clair, le regard porte très loin, vers les grands sommets, mais aussi en direction de la France, de l’Allemagne et de l’Italie.
Quelques minutes plus tard, changement complet d’atmosphère dans le Palais de glace. On avance directement au milieu de la glace, entre galeries et sculptures, dans un univers qui semble assez éloigné du monde extérieur. Puis Alpine Sensation ramène à l’histoire humaine de cette aventure ferroviaire. Son parcours multimédia retrace plus de cent ans d’histoire de la Jungfraubahn et rappelle surtout ce qu’a représenté la construction d’une ligne à une telle altitude. Un corridor de 250 mètres relie notamment le Sphinx Hall au Palais de glace, ponctué de plaques rendant hommage aux ouvriers qui participèrent à cette prouesse.



Un cinéma panoramique à 360 degrés complète la découverte, tandis que la plateforme extérieure permet, été comme hiver, de retrouver la neige sous ses pieds. Le site est d’ailleurs accessible 365 jours par an.
On peut facilement imaginer le Jungfraujoch comme une excursion très touristique. Sur place, le sentiment est différent. Il y a bien sûr la prouesse technique et les différentes installations, mais elles finissent presque par s’effacer devant l’échelle du paysage. Face au glacier d’Aletsch, le silence revient vite.


Informations pratiques
GRAND HOTEL BELVEDERE, WENGEN
Grand Hotel Belvedere by Beaumier ) Galliweidli 1440E
3823 Wengen, Suisse
Tél. : +41 33 856 67 00
Email : grandhotelbelvedere@beaumier.com
Site : www.beaumier.com/fr/proprietes/grand-hotel-belvedere/
Instagram : @grandhotelbelvedere
JUNGFRAUJOCH, TOP OF EUROPE
Jungfraujoch, Top of Europe – Jungfrau Railways
3 454 mètres d’altitude
Oberland bernois, Suisse
Site officiel : www.jungfrau.ch/fr-ch/jungfraujoch-top-of-europe/
Billets, horaires, météo etc : www.jungfrau.ch
Instagram : @jungfraujochtopofeurope



















